Interview de Philip Le Roy

Tu situes l’action de Marilyn X en juillet 2012. Est-ce à ce moment-là que l’idée de ce roman t’est venue ? Comment ce roman est-il né ?

Ce roman est l’inéluctable conséquence de deux passions qui remontent à l’enfance et qui se sont combinées. Celle pour le cinéma et sa déesse Marilyn et celle pour la littérature et ses héroïnes fatales. On peut en conclure qu’il m’a fallu cinquante ans pour écrire Marilyn X. J’ai situé l’action en 2012 pour donner le temps à Marilyn de disparaître à nouveau

Tu te documentes pour chacun de tes romans. Savais-tu dans quelle direction orienter tes recherches en ayant déjà une idée précise de l’histoire que tu allais raconter avant même de commencer tes investigations ?

Le point de départ était celui du fan qui veut absolument que son idole soit encore vivante. Je me suis alors posé deux questions : serait-ce possible ? et qu’aurait alors été la vie de Marilyn après 1962 ? J’ai enquêté comme je le fais pour tous mes romans. Lorsque j’ai pu répondre positivement à la première question grâce à une hypothèse plausible qui n’avait jamais été exploitée, je me suis lancé. Il me restait à me glisser dans la peau de Marilyn (expérience troublante !) pour répondre à la deuxième question.

Dans le huitième extrait des carnets, tu décris une cérémonie des Indiens Navajos. Le père de Nathan Love (le personnage principal de Le Dernier testament, La Dernière arme et La Dernière frontière) était Navajo. As-tu toi-même assisté à un tel rituel au cours de tes pérégrinations aux États-Unis ?

Oui, et c’est un sacré rituel qui dépasse l’entendement des Occidentaux. Les Navajos aiment garder secrètes leurs cérémonies de guérison. C’est pourquoi ils changent toujours un détail dans les reproductions de peintures de sable destinées à être exposées au grand public. Par respect, j’ai donc modifié très légèrement le déroulement du blessingway pratiquée sur Marilyn. Mais j’en ai gardé l’esprit.

Tu aimes à répéter : « une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire ». Écris-tu un synopsis très détaillé avant d’entamer la phase d’écriture de ton roman ?

Non, ni synopsis détaillé, ni plan. Car il n’y en a pas dans la vie. Pour moi, une bonne histoire repose sur trois piliers : l’exposition, le dénouement et les personnages. L’exposition doit être la plus accrocheuse et intrigante possible. Je place une bombe que je menace de faire exploser. Le dénouement, lui, doit être inattendu et inévitable. C’est ce qu’il y a de plus difficile à réussir. En général, la bombe que j’ai placée au début n’explose pas, c’était un leurre qui a empêché le lecteur de voir une menace bien plus dangereuse. Quant à mes personnages, j’aime qu’ils soient attachants mais hors normes. Je serais incapable de passer deux ans avec un héros normal. Une fois que je tiens mes trois piliers, je jette mes personnages dans l’action. À eux de se débrouiller. Je découvre en même temps qu’eux les problèmes à surmonter mais comme ce sont eux qui décident, je ne sais pas forcément ce qui va arriver au chapitre suivant. La seule chose que je connais c’est mon dénouement.

Réserves-tu la première lecture de ton manuscrit à ton éditrice ou le soumets-tu à un proche pour recueillir ses conseils ?

Avant mon éditrice, il n’y a que deux personnes qui ont accès au manuscrit : mon épouse et mon meilleur pote. La première est sans concession. Le second partage mon univers mais en images (il est réalisateur).

Tu écris en écoutant de la musique. Ta playlist de Marilyn X est-elle celle que l’on retrouve à la fin du livre ?

Oui. La musique est indispensable à la vie, elle l’est donc aussi dans un roman. Elle m’aide à trouver le bon rythme. J’en écoute beaucoup et j’en fais profiter le lecteur. A fortiori dans le dernier roman. Non seulement Marilyn chantait, mais elle écoutait tout le temps de la musique. Quand elle emménageait quelque part, le plus important pour elle était d’avoir un bon lit et un tourne-disque.

Travailles-tu sur plusieurs projets de romans en même temps ?

Cela dépend de la phase d’écriture. Je peux préparer plusieurs romans en même temps tant qu’il s’agit de se documenter, de travailler sur les personnages, de ciseler le texte. Mais en phase d’écriture « créatrice » je suis tellement immergé que je ne peux travailler que sur un seul roman. D’ailleurs au cours de cette phase, je lis très peu. En revanche je peux développer simultanément plusieurs scénarii, ce qui est le cas en ce moment.

En reprenant ta bibliographie on ne peut que remarquer à quel point les sujets que tu choisis d’aborder depuis quelques années ne sont pas que de simples prétextes à écrire de bons thrillers à lire sur la plage. Une continuité apparaît entre tes œuvres et, pourtant, à chaque fois que tu annonces un nouvel opus, tu promets de nous bluffer en mettant la barre encore plus haut. Rares sont les auteurs de thriller qui choisissent de ne pas exploiter un même filon jusqu’à épuisement comme toi. Jusqu’où iras-tu ?

C’est la question essentielle que je me pose à chaque fois que je finis un roman et que je suis sur le point d’en commencer un autre. Tant qu’il existera des thèmes ou des vérités qu’aucun écrivain n’a jamais traitées et que je trouverai une façon originale et séduisante de raconter ça, je continuerai. Pour le prochain roman, j’ai ainsi mis la barre très haut ou plutôt très loin car l’intrigue m’obligera à passer plusieurs mois à l’autre bout du monde. Une histoire qui j’espère déstabilisera à nouveau mes lecteurs.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton prochain roman ?

Mmm, c’est un peu tôt… Je peux quand même dévoiler que l’histoire sera une sorte de huis-clos machiavélique dans un décor époustouflant. Il y sera question du libre arbitre, d’une vengeance comme on n’en a jamais vue, d’une double manipulation à la fois des personnages et des lecteurs et d’un dénouement qui devrait mettre tout le monde KO. Comme je l’ai dis, j’ai mis la barre très haut

Tes héroïnes ont un rôle crucial dans tes romans. Te considères-tu comme féministe ?

Le militantisme, ce n’est pas mon truc. En plus les féministes n’aspirent qu’à devenir les égales des hommes. Moi je pense que les femmes leur sont carrément supérieures. J’en fais la démonstration dans mes romans, surtout dans L’Origine du monde.  La littérature est encombrée de héros. Il manque des héroïnes couillues, des femmes capables de marcher sur des talons aiguilles comme sur la face des méchants, de faire des trucs que des mecs seraient incapables de faire. C’est tout l’enjeu de la série que je viens d’écrire pour Studio + et qui devrait se tourner en août. J’espère que l’actrice choisie sera à la hauteur du personnage que j’ai créé !

Leviatown dans ton œuvre fait figure de véritable OVNI. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas, je rappelle que ce roman fait partie des douze titres publiés aux éditions Baleine dans la défunte et regrettée collection « Club Van Helsing », lancée en 2007 par Guillaume Lebeau et Xavier Mauméjean. L’idée consistait alors à écrire une œuvre de fiction basée sur un monstre ancré dans l’imaginaire populaire, traqué par un club de chasseurs conduit par Hugo Van Helsing, le descendant du héros créé par Bram Stocker. C’est un roman que j’aime beaucoup, d’autant plus que c’est celui qui m’a permis de découvrir ton univers. As-tu envie de recommencer une expérience similaire ?

Tu parlais d’héroïnes, ça tombe bien, celle de Leviatown a de quoi faire passer Lara Croft pour une novice ! Je suis un fan de films d’horreur et je me suis éclaté à écrire ce roman gore et fantastique où une gamine de 18 ans, guerrière et descendante de Gengis Khan massacre au sabre tous ceux qui lui font obstacle. J’ai toujours poussé mes thrillers jusqu’à la frontière du fantastique et de la SF sans jamais franchir cette frontière, sauf dans ce roman. Recommencer l’expérience, pourquoi pas. Mais il faudrait que les éditeurs défendent un peu plus les auteurs français de littérature de genre face au rouleau compresseur anglo-saxon.

Tu as déjà écrit plusieurs scénarios. Si tu devais choisir entre écrire seul le scénario du prochain James Bond ou coécrire avec Tarantino celui de son prochain long-métrage, quel serait ton choix ?

Je prends le scénario du prochain James Bond sans hésiter. Mes romans ont du mal à être adaptés au cinéma pour des raisons de budget. Alors quel rêve  de pouvoir écrire un scénario sans se soucier du coût ! En plus je n’ai pas aimé ceux des deux derniers James Bond. Quant à co-écrire avec QT, il s’agirait plus d’un stage que d’une collaboration. A quoi servirais-je à côté du maître ?

Des projets d’adaptation de tes romans ont déjà été évoqués il me semble. Quel serait le meilleur réalisateur pour adapter un de tes romans ?

En dehors de mon pote dont je parlais au début de cet interview ? Il y en a plein, surtout chez les Américains. Les premiers noms qui me viennent à l’esprit sont Doug Liman et Kathryn Bigelow. Chez les Français je pense tout de suite à Mathieu Kassovitz mais malheureusement il ne réalise plus.

Entretien réalisé le 7 juillet 2016  par courrier électronique.

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