Le RAID, 30 ans d’interventions de Jean-Marc Tanguy

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Depuis que je suis gamin, les unités d’élite de l’armée et de la police exercent une certaine fascination sur moi, fascination qui ne s’est pas démentie avec le temps, au point de consacrer deux chapitres de mon nouveau thriller qui paraîtra en mai prochain, l’un à une opération clandestine menée par les forces spéciales, l’autre à un assaut donné par un groupe d’intervention de la police.

L’Assaut : le GIGN au cœur de l’action de Roland Montins et Jean-michel Caradec’h faisait partie des documents que j’ai consultés pour régler cette scène d’assaut. J’avais gardé en mémoire la prise d’otages par le GIA à bord d’un avion d’Air France en 1994 et l’assaut du GIGN qui s’en était suivi à l’aéroport de Marignane.

Il en va de même avec le RAID. Les images de l’assaut lancé à l’Hyper Cacher sont définitivement ancrées dans notre imaginaire collectif.

Jean-Marc Tanguy, l’auteur de Le RAID, 30 ans d’interventions, est journaliste, principal collaborateur des magazines Raids et Raids Aviation que je consulte régulièrement, auteur de plusieurs ouvrages, notamment deux publiés chez Nimrod, une maison d’édition que je connais bien pour avoir lu plusieurs titres (entre autres les récits d’anciens Navy SEALs). Autant dire que sa monographie avait tout pour m’attirer.

Jean-Marc Tanguy brosse d’abord rapidement le contexte (développement du terrorisme islamiste) dans lequel le ministre de l’Intérieur en exercice à l’époque, Pierre Joxe, décide de créer, en 1985, un nouveau service d’intervention : le RAID (Recherche, Assistance, Intervention et Dissuasion). Le commissaire Mancini recrute alors 60 « borderlines très conscients » sur 1 800 dossiers.

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30 ans après, le contexte ne s’est pas amélioré comme on le sait. « Actuellement, les autorités estiment que les terroristes ̎potentiels ̎ sont au nombre de 3 000 [en France]. Il est impossible de les suivre tous en permanence puisqu’il faut en moyenne 20 policiers pour ̎filocher ̎ un suspect dans la durée », rappelle Jean-Marc Tanguy (page 59).

Plus que jamais la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure, qui dépend du Ministère de l’Intérieur) et la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure – Ministère de la Défense) ont besoin de moyens humains pour surveiller et prévenir, en des temps où la menace terroriste n’a jamais été aussi prégnante sur le territoire national.

Dans ce contexte de menace terroriste permanente, le RAID constitue l’ultime recours en cas d’attentat ou de prise d’otages.

Jean-Marc Tanguy rappelle que depuis la création du RAID, les profils des recrues ont évolué (p. 114). On y retrouve d’anciens CRS, des policiers de la brigade anti-criminalité, et certains hommes issus des rangs de la police judiciaire, de la DGSI, etc.

Le RAID se féminise dès 2003, lorsque la première femme intègre une unité opérationnelle pour une mission d’infiltration en Corse dans le cadre de la traque du nationaliste Yvan Colonna alors suspecté d’avoir assassiné le préfet Claude Érignac à Ajaccio en 1998.

Cinq femmes sont par la suite recrutées (avec toutefois une habilitation de niveau 2 qui exclut toute participation aux interventions « en contact »), et en 2004, une femme intègre la cellule négociation. Aujourd’hui, cette cellule compte deux négociatrices et une psychologue.

Pour permettre au lecteur de se glisser plus facilement dans la peau d’un opérateur du RAID, Jean-Marc Tanguy a recours aux termes « pros » qui sonnent « vrais », tels que simbleautage, zérotage, contre-visée, tir à froid (première balle), retex (retour d’expérience), inter’, officier rens, ripper, effrac, valise négo, contre-sniping, bouclard, etc. Autant de termes et d’expressions qui vous permettront de vivre l’action comme si vous y étiez.

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L’auteur consacre plusieurs pages aux tireurs d’élite du groupe Oméga, détaillant leur profil, leur armement et leur expérience, dans un contexte d’évolution de la menace terroriste, précisant la spécificité des tirs dans les tunnels et le métro (p. 130 sq). On apprend ainsi que seule la munition 12,7 mm perforante tirée par un PGM Hecate II permet de percer un cockpit d’Airbus A380, la nouvelle vitre frontale du TGV Duplex, du Thalys ou de la ligne de métro automatisée 14 de la RATP (p. 140).

Plusieurs pages sont également consacrées aux armes du RAID, notamment le HK417 utilisé par les tireurs haute précision (voir la photo ci-dessous).

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Jean-Marc Tanguy présente ensuite les différents métiers des hommes du RAID : officiers renseignement (p. 162), négociateurs (qui peuvent être déployés à l’étranger, notamment en cas d’enlèvement) (p. 162 sq.), rippers (opérateurs de la colonne d’assaut – on apprend que des rippers effectuent des missions « sky marshal » pour sécuriser des vols longs courriers depuis les attentats du 11-Septembre, p. 166), qui ont chacun leur spécialité (varappeurs – spécialistes du franchissement vertical, plongeurs, ou parachutistes), « techs » (p. 168), « effracs » (spécialistes de l’effraction) (p. 171), dépiégeurs (p. 174), « cynos » (p.174), « docs » (capables de traiter les urgences médicales « en milieu dégradé ») (p. 180).

On apprend à propos des « cynos » que les chiens sont les meilleurs détecteurs d’explosifs au monde (p. 176), qu’il faut 6 mois de formation pour la détection d’explosif et 18 pour former un chien à l’assaut, et que les chiens suivent le Président lors de ses déplacements (toutes les personnes qui l’approchent sont reniflées). Le chien peut détecter jusqu’à 80 produits différents (p. 179).

Cette monographie vaut aussi pour les seize témoignages exceptionnels d’hommes et de femmes du RAID, notamment celui de S., la tireuse haute précision (p. 206 sq.) et celui de T., la négociatrice (p.218 sq.). J’ai toutefois regretté la brièveté de plusieurs témoignages et leur côté répétitif. Ce sera mon seul bémol.

Je vous en livre quelques brefs extraits qui rappellent les opérations les plus connues du RAID, à commencer par l’interpellation de djihadistes à Roubaix en 1996. J.-M., le chef de l’Inter se souvient : « L’ ̎effrac ̎, A., est devant moi. Il rentre donc le premier et cela défouraille tout de suite. Je n’avais jamais entendu le bruit d’un Kalach avant, et je ne l’ai jamais oublié depuis ce jour. A. est touché tout de suite, au visage. » (p. 210)

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Plus loin, J.-M évoque la violence de l’assaut de l’Hyper Cacher et l’héroïsme dont a fait preuve l’homme de tête : «  Je vois le rideau qui se lève après l’explosion de la porte latérale et l’homme de tête qui passe en dessous alors que le rideau n’est qu’à moitié levé. Il va prendre deux balles, une dans le gilet pare-balles et une dans son ‘’bouclard’’ (bouclier). » (p. 212)

On lit, non sans émotion, les témoignages concernant l’assaut de l’Hyper Cacher. Tout remonte à la surface quand M., le chef d’équipe, se confie : « Cet après-midi-là, j’étais chef d’équipe Alpha, avec le groupe 4, sur la droite de l’entrée principale de l’Hyper Cacher. J’étais n°5, quatre gars devant moi. J’ai été touché assez rapidement, Coulibaly nous a engagés dès qu’on est rentrés. C’est à ce moment-là que j’ai pris une balle dans la jambe. » (p. 228)

« Ce qui caractérise le RAID, c’est l’humilité, la force du groupe. Tout seul, on n’est rien, et dans un groupe, si on n’est pas humble, on n’est rien non plus », conclut J.-M. (p. 230)

Plus loin, c’est au tour de l’effracteur de livrer son analyse des contraintes d’utilisation d’explosif en milieu urbain (p. 235) et d’évoquer l’assaut de l’Hyper Cacher : «  La porte de l’Hyper Cacher, je n’aurais pas pu l’ouvrir un mois plus tôt. C’était une porte ouvrante, renforcée par une barre de fer. Grâce à un module que j’avais développé et testé en décembre, on a pu utiliser en confiance ce nouveau montage. » (p. 236)

Daniel Boulager évoque quant à lui la prise d’otages de l’école maternelle à Neuilly en 1993 : « Malgré tout ce qui a suivi, je n’ai jamais regretté d’avoir tiré. J’ai sauvé des vies. En entrant dans la police, puis au RAID, il faut se préparer à des moments comme celui-là et ne pas se poser des questions au moment de tirer ; il faut se les poser avant. » (p. 266)

V., l’homme à l’Ultima Ratio, évoque lui aussi cette prise d’otages très médiatisée : « On savait qu’il y avait 36 bâtons d’explosifs, chacun à 100 grammes. Quand on voit l’effet de seulement 20 grammes, on savait que si cela pétait, ça terminerait en son et lumière, mais pas bien pour nous. Rien que sur les portes, il y avait 800 grammes. Donc, avec nous derrière, on y passait tous. On n’avait pas d’illusions. » (p. 272)

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Jean-Marc Tanguy n’émet pas de critiques à l’égard du RAID, ce que d’aucuns lui reprocheront. C’est qu’en fait l’auteur se place parmi ces hommes et ces femmes d’exception, non pas des super flics dotés de super pouvoirs, mais des hommes et des femmes avec leurs doutes et leurs faiblesses, unis pour « servir sans faillir ». Le lecteur se retrouve par là-même plongé au cœur de l’action parmi les opérateurs du RAID.

Les rares critiques que l’on trouvera (timidement) formulées par Jean-Marc Tanguy sont celles que l’on devine émises par les hommes du RAID eux-mêmes. Elles concernent leurs doutes quant au projet de protection intégrale dite « Goldorak » ou encore les moyens insuffisants dont ils disposent pour opérer.

Jean-Marc Tanguy n’évoque pas non plus la vieille rivalité avec le GIGN (évoquée dans le livre L’Assaut : le GIGN au cœur de l’action de Roland Montins et Jean-michel Caradec’h) et préfère au contraire insister sur la collaboration entre ces deux services.

Le RAID, 30 ans d’interventions vaut autant pour sa richesse iconographique (la plupart des photos sont de Jean-Marc Tanguy) que pour le récit palpitant des opérations les plus connues, racontées au plus près de l’action, à hauteur d’homme, caméra sur l’épaule, comme si vous y étiez.

Un document exceptionnel !


Le RAID, 30 ans d’interventions de Jean-Marc Tanguy, préface de Jean-Michel Fauvergue, chef du RAID, éditions Pierre de Taillac, novembre 2016.

À lire également :

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L’Assaut : le GIGN au cœur de l’action de Roland Montins et Jean-michel Caradec’h, éditions Oh !, mai 2010

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