Interview de Jean-Luc Bizien et Philip Le Roy

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Le Club Van Helsing c’est une collection créée il y a tout juste dix ans par Guillaume Lebeau et Xavier Mauméjean. Douze romans écrits par treize romanciers entre 2007 et 2008 publiés aux éditions Baleine. Chaque roman relate les méfaits d’un monstre issu de l’imaginaire populaire : vampire chez Guillaume Lebeau, loup-garou pour Jean-Luc Bizien (voir ma chronique de son excellent roman (I Can’t Get No) Mastication ici), Léviathan pour Philip Le Roy. Un club de chasseurs dirigé par Hugo Van Helsing, le descendant de l’ennemi juré de Dracula, affronte ces créatures échappées des enfers…

Récemment, j’organisais sur Facebook une lecture commune consacrée à cette série. Vous pouvez lire sur la page de l’événement les impressions de lecture des participants : https://www.facebook.com/events/1210420889026683/

En exclusivité pour les Imposteurs, Jean-Luc Bizien et Philip Le Roy reviennent pour notre plus grand plaisir sur cette série désormais culte.

 

Jean-Luc, Philip, que ressentez-vous en voyant que l’engouement des premiers lecteurs ne s’est pas démenti après dix ans et que la collection séduit encore de nouveaux lecteurs ?

Philip Le Roy : Quand je lis une critique élogieuse sur un roman que j’ai écrit il y a plus de 10 ans, c’est merveilleux. Car la pérennité est une qualité qui différencie une œuvre d’art d’un produit de marketing.

Jean-Luc Bizien : Je suis à la fois stupéfait et très ému, quand des lecteurs m’abordent avec un livre ou une publication qui n’est plus disponible depuis des lustres. Ce sont la plupart du temps des passionné(e)s, qui ont creusé sur le Net, écumé les bouquinistes, consacré des heures à la recherche du livre qui leur manquait, celui qu’ils avaient décidé de découvrir.

Le week-end dernier, dans le cadre des Oniriques de Meyzieu, j’ai dédicacé un exemplaire de Hurlements, mon jeu de rôles de… 1989. Touchant, vraiment. C’est le même sentiment quand on me présente un exemplaire de Mastication.

Cela dit, la plupart de ceux qui viennent aujourd’hui découvrent la collection, ce qui ne nous permet pas pour autant d’affirmer que l’engouement des premiers lecteurs est toujours intact (1).

 

Comment avez-vous fait votre choix de monstre ?

Jean-Luc Bizien : Je n’ai pas choisi le loup-garou. Contrairement à la plupart de mes collègues, on m’a « imposé » la créature.

Xavier Mauméjean, qui m’a contacté en vue de me proposer cette collaboration, savait que j’avais écrit un jeu (Hurlements, toujours) qui mettait en scène des lycanthropes. Il lui a paru naturel de me confier le soin de développer ce volet de la saga.

J’ai sauté sur l’occasion de revisiter le mythe. Mon travail de création consistait exclusivement à proposer l’image la plus décalée possible du loup-garou, en prenant tout à contrepied : Hurlements faisait la part belle au romantisme, à l’altruisme, à l’entraide et à la compassion…

Autant de beaux sentiments que Vuk Kovasevic conchie.

Philip Le Roy : Le Léviathan m’est venu rapidement à l’esprit car la proposition d’écrire un roman pour la collection Club Van Helsing est arrivée juste après La Dernière arme où je décrivais notre monde dominé par une élite économique omnipotente. Le Léviathan ayant muté en Freedom Tower illustrait pour moi parfaitement cette monstrueuse ascendance. Dans la mythologie, le Léviathan est le monstre du chaos, c’est une entité démesurée dont la forme n’est pas définie. J’en ai fait une tour dressée sur les décombres du World Trade Center. Un monstre de verre et de béton qui asservit l’humanité jusqu’à son anéantissement. En revanche, la création de mon héroïne a pris plus de temps. Il fallait un chasseur à la hauteur !

 

Avez-vous lu les romans des autres auteurs de la série, et, dans l’affirmative, lequel avez-vous préféré ?

Philip Le Roy : J’en ai lu la plupart mais je ne peux pas répondre à la deuxième partie de la question. Ces romans sont tous monstrueux. Préfère-t-on les vampires aux loups garous, la peste au choléra ? Ce que je peux dire, c’est que cette collection m’a permis de tisser des liens d’amitié avec Jean-Luc Bizien, un type bien doublé d’un auteur de talent, et de rencontrer Guillaume Lebeau, un mec capable de déplacer des montagnes dans un milieu littéraire apathique, pusillanime et sinistré où personne n’ose prendre de risque.

Jean-Luc Bizien : Je ne les ai pas tous lus – j’avoue que certains auteurs et certains sujets me laissaient froid. J’ai beaucoup aimé la diversité de ton entre le livre de Philip Le Roy, celui de Xavier Mauméjean – qui clôturait la saison 1 –, celui de Catherine Dufour, ou encore celui de Maud Tabachnik. Ils avaient tous joué le jeu, en s’emparant d’un mythe pour en livrer une vision personnelle. On aime ou on n’aime pas ces textes, mais ils sont sans exception l’œuvre d’un écrivain.

Cette collection était un juke-box. Sur un thème commun, chacun y jouait sa partition.

Y prendre part fut pour moi l’occasion de travailler avec Xavier Mauméjean, et de rencontrer Philip Le Roy. Découvrir l’homme derrière les livres fut un vrai bonheur.

 

Est-ce que la phase d’écriture de ces romans a eu quelque chose de particulier pour chacun d’entre vous ?

Philip Le Roy : L’écriture d’un roman est toujours enivrante, aventureuse, périlleuse, jouissive. Elle suit la phase de préparation où je rassemble la documentation, où je caractérise mes personnages et tisse l’intrigue. La particularité avec Léviatown est qu’il fallait en plus respecter une bible que je n’avais pas conçue. Une contrainte qui loin de me brider, m’a dopé. D’autant plus que j’avais le champ libre pour le choix du monstre, des personnages, de l’intrigue et du lieu de l’action. Et surtout je pouvais garder mon style pour raconter l’histoire. Sans censure !

Jean-Luc Bizien : Mon cahier des charges était minimaliste. Je devais livrer un roman court, au ton purement rock’n roll, parsemé de jeux de mots crétins et jalonné de violence graphique – toute la panoplie du « genre ». Il m’a suffi de cerner le personnage d’un tueur inhumain découvrant sa part de lumière quand il bascule dans les ténèbres, pour me mettre au travail.

J’ai pu tester pour la première fois une nouvelle méthode de travail (que j’ai appliquée par la suite, pour écrire d’autres tomes mettant en scène le même personnage) : écouter du Motörhead toute la sainte journée, pour écrire un roman en moins de 15 jours, corrections comprises.

Mastication, c’est un concentré d’adrénaline, de testostérone et d’humour gras assumé. Une seule chose est certaine… Ça n’est pas du Flaubert !

 

Sans parler d’écriture collective, aviez-vous le sentiment d’appartenir à une équipe d’auteurs en intégrant le Club ? Et cela a-t-il eu une répercussion sur votre manière d’appréhender le projet voire sur l’écriture elle-même ?

Jean-Luc Bizien : Non. J’étais enfermé chez moi, face à mon ordinateur, et je n’avais de contact qu’avec Xavier Mauméjean. Je lui envoyais chaque jour les nouveaux chapitres, je découvrais ses commentaires le matin suivant au réveil et je retournais illico à mon clavier. Je n’ai glissé quelques références et clins d’œil à la série que le dernier jour (ma mémoire me faisant défaut, je me demande même si je ne l’ai pas fait en relisant les épreuves).

Philip Le Roy : Pas vraiment. L’écriture d’un roman reste pour moi un travail solitaire. Cependant, il était important que mon héroïne Kathy Khan s’intègre à l’équipe de Van Helsing. Dans Léviatown, elle rencontre les autres chasseurs au cours de la réunion à Londres qui précède la mission. Au début, cela ne se passe pas très bien car Kathy est une fille et en plus elle est très jeune. Elle devra faire ses preuves sur le terrain.    

 

Philip disait que Léviatown faisait figure d’OVNI dans son œuvre. Quelle place ces romans ont-ils pour vous dans votre bibliographie ?

Philip Le Roy : Je considère Léviatown comme un OVNI car c’est le seul roman (sur les 13 que j’ai écrits à ce jour) dans lequel je franchis la frontière ténue qui sépare le thriller du fantastique. Ce roman a pu déconcerter certains de mes lecteurs mais il m’a permis d’en toucher d’autres, plus jeunes, des fans de films d’horreur, de mangas et de jeux vidéo hyper violents.

Jean-Luc Bizien : Dans mon cas, c’est toute la série des aventures de Vuk qui fait figure d’OVNI, dans la mesure où les lecteurs qui lisent mes thrillers contemporains ou la série parue dans la collection Grands détectives de 10/18 ne sont pas tous prêts à suivre un tueur psychopathe au pays des monstres.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris un pseudonyme pour écrire les huit épisodes parus chez Vauvenargues. J’assume pleinement ces textes, mais je ne voulais pas tromper les lecteurs sur la marchandise. J’ai donc fait rapidement savoir que Vuk Kovasevic, c’était bien moi, mais qu’on n’entrait dans cet univers qu’à ses risques et périls.

 

Vous avez en commun tous les deux d’avoir écrit des romans avec des personnages récurrents. À l’exception de Jean-Luc (qui a donné une suite aux aventures de Vuk – j’y reviendrai plus bas), n’est-ce pas frustrant d’avoir laissé vos héros livrés à leur sort ?

Philip Le Roy : Quand mes héros ne meurent pas, je m’arrange toujours pour écrire un dénouement ouvert. Cela donne au lecteur la faculté d’imaginer la suite sans que tout s’arrête au mot « fin ». J’aime l’idée que mes personnages continuent à exister au-delà du roman. C’est le cas pour Kathy Khan. Ce qui lui arrive à l’issue de Léviatown est inattendu et cet ultime rebondissement me permet de continuer à la faire vivre dans l’esprit des lecteurs.

Jean-Luc Bizien : Je m’étais bien gardé de fermer la porte en fin de volume. En fait, l’écriture avait été si agréable que l’envie était venue de poursuivre l’aventure.

On m’a vite fait comprendre que ça n’était pas possible dans le cadre de cette collection, j’ai donc attendu patiemment, en jetant les bases d’une série future.

Quand Serge Brussolo m’a contacté pour me présenter à Gérard de Villiers, j’étais prêt.

 

Le nombre de signes était limité à 250 000, ce qui est assez peu. L’avez-vous vécu comme une contrainte ?

Jean-Luc Bizien : Non. Compte tenu du sujet, cela m’a paru être le format idéal, une conception très « pulp » de la littérature. Difficile, dans ces conditions, de laisser retomber l’intérêt du lecteur. Et puis le genre ne se prête vraiment pas au discours bavard.

Philip Le Roy : Comme je l’ai dit précédemment, les contraintes boostent la créativité. Un format plus court va ainsi me permettre de jouer sur l’urgence, de ne rien céder sur le rythme et d’installer une tension qui ne se relâche pas.

 

Ce qui pouvait passer pour un pari risqué au départ (proposer une relecture résolument contemporaine de figures mythiques issues du folklore populaire), s’est avéré être un choix brillant. Que nous disent les monstres sur notre XXIème siècle naissant ? Philip évoque par exemple l’emprise de l’économie sur notre monde.

Philip Le Roy : Le monstre économique que le monde a créé nous mène droit au chaos. C’est l’un des monstres majeurs du XXIème siècle. Il est bien réel, n’a pas de nom, ni de visage. Il a la mainmise sur nos comportements et notre quotidien. Nous en sommes devenus les esclaves sans que nous nous en rendions compte.

Jean-Luc Bizien : Les pires monstres, aujourd’hui, se promènent en costume-cravate (certains en arborent à plusieurs milliers d’euros, paraît-il). Le loup-garou, c’est la part d’ombre de l’humain. Son animalité, sa violence qu’il faut chaque jour apprendre à contrôler, à défaut de la refouler.

 

Quels sont les monstres qui vous ont le plus effrayés ?

Philip Le Roy : Les monstres qui me font peur sont ceux qui existent. Les plus effrayants sont à la tête des dictatures religieuses ou des lieux de culte, se réclament de Dieu et s’en approprient Son pouvoir infini. A côté, les vampires et les zombies passent pour des monstres gentils.  

Jean-Luc Bizien : Adolf Hitler, Pol Pot, Kim Il-Sung, Kim Jong-Il, Kim Jong-Un, et quelques autres assassins de masse, auxquels j’ajouterai une longue liste de tueurs en série. Le champ de la monstruosité est vaste, même s’ils ont tous en commun d’être nés humains.
Le reste n’est que… littérature !

 

Le thriller horrifique est un genre extrême. Quel livre et/ou quel film vous a vraiment terrorisé ?

Jean-Luc Bizien : Quelques romans de Serge Brussolo – le maître – m’ont donné des sueurs froides. Brussolo est le seul qui sache vraiment décrire la folie et la mettre en scène. En particulier ce moment, essentiel, où l’on bascule de la normalité à la démence.

Au cinéma, L’Exorciste m’a marqué quand j’étais jeune. Il y a eu aussi ce film d’une violence inouïe : L’Enfer d’Okinawa. Mais il est vrai que j’avais 8 ans…

Philip Le Roy : Au cinéma ce sont les films de Jaume Balaguero qui me terrifient (La secte sans nom, Darkness, Fragile, REC). Il y a eu aussi L’Exorciste, La Malédiction et Rosemary’s baby. En littérature, Pet sematary de King et  l’univers de H.P. Lovecraft me font bien flipper.

 

L’existence d’une bible surnommée « terrabible » est souvent évoquée. Vous pouvez peut-être nous en dire plus maintenant sur ce document classé top secret à l’époque ? Dix ans après, il y a peut-être prescription !

Jean-Luc Bizien : J’ai le souvenir de l’avoir consultée, pour en oublier le contenu aussitôt après. Comme le dirait si bien Vuk Kovasevic, « On n’avait pas que ça à foutre, il y avait du monstre à éradiquer. Et ça urgeait. »

Philip Le Roy : Personnellement, j’ai signé une clause de confidentialité avec mon sang, donc je ne peux rien révéler.

 

Parlons du genre de cette série : en lisant plusieurs entretiens, je m’aperçois que la définition n’est pas si simple les différents auteurs de série. Certains évoquent les littératures de l’imaginaire, le thriller, la BD, voire les mangas. Philip parle beaucoup de références cinématographiques et de rock. Qu’en pensez-vous aujourd’hui ?

Philip Le Roy : Pour moi on est dans le thriller horrifique contemporain. Les auteurs recrutés viennent tous du thriller, c’est à dire « l’art de donner du frisson ». L’idée était de nous convier avec notre savoir-faire à une bonne petite fête de l’horreur.

Jean-Luc Bizien : L’équation est simplissime en ce qui me concerne. Motörhead + monstres + jeux de mots + Desert Eagle 5.0 = Vuk Kovasevic.

Une espèce de « San Antonio chez les lycanthropes », avec un supplément destroy et une forte rasade d’hémoglobine. Un cocktail survitaminé, entre le cinéma de Tarantino et les BD de super héros. Un authentique jeu de massacre.

Régressif… et jouissif.

 

Dans une interview parue en 2007, Jean-Luc emprunte (très justement) le terme de crossover employé pour les séries télévisées lorsqu’il évoque le Club. Et c’est d’ailleurs également Jean-Luc qui a lancé son propre spin-off (encore un terme emprunté au monde des séries !) pour prolonger les aventures de son héros, Vuk, chez un autre éditeur. Aujourd’hui, on considère que les séries télévisées américaines sont bien souvent plus ambitieuses que les films produits à Hollywood. En quoi pensez-vous que les séries télévisées ont influencé le genre romanesque et les romans de cette collection en particulier ?

Philip Le Roy : En ce qui me concerne, j’affectionne particulièrement l’art du cliffhanger qui est une technique propre aux séries et que j’aime appliquer dans mes romans. Découper mes histoires en chapitres courts me permet d’en placer beaucoup. L’existence d’une bible et la récurrence de certains personnages sont également des points communs que partage la collection Van Helsing avec les séries télévisées.

Jean-Luc Bizien : Les séries télévisées américaines ont révolutionné le genre, ces 20 dernières années. Elles ont posé les bases d’une nouvelle narration, d’un rythme, d’une musicalité, d’une technique que nul ne pouvait ignorer – et surtout pas ceux qui se sont donné comme but de raconter des histoires !

En tant qu’auteur de thrillers, j’ai cherché à en analyser toutes les ficelles, pour traduire ces effets sur le papier dans le seul but de faire rêver mes lecteurs, de les tenir en haleine, de leur interdire de reposer le livre.

Quand certains me disent que c’est le cas, j’éprouve une très grande fierté, même si aujourd’hui je pense que c’est le personnage qui importe plus que l’histoire et que tous les auteurs ont droit à la lenteur, au « travelling lent », au rythme contemplatif.

Encore une fois, il aura fallu une série (magistrale) pour imposer ce point de vue.

Merci, True Detective !

 

Jean-Luc évoque dans un entretien les très bonnes ventes de (I Can’t Get No) Mastication. Est-ce que vos contributions à la série figurent parmi les meilleures ventes dans votre bibliographie ?

Jean-Luc Bizien : Fort heureusement, non. Si tel était le cas, jamais je n’aurais pu vivre de ma plume ! Je sais juste que les éditions Baleine ont écoulé tout le stock assez rapidement (avant de remettre la main sur quelques centaines d’exemplaires perdus dans des cartons). Cela dit, je n’ai jamais eu les chiffres exacts et je me suis heurté, comme souvent dans l’édition, à une communication plutôt opaque à ce sujet. Les deux directeurs de collection doivent en savoir davantage (ou pas).

Philip Le Roy : Non, loin de là. A l’époque mes lecteurs ont été déstabilisés par le contenu fantastique de Léviatown. Depuis je crois qu’ils ont compris qu’ils n’allaient pas pouvoir me ranger dans un tiroir et que d’un roman à l’autre, ils ne me retrouveraient pas forcément là où on m’attend. Mes éditeurs aussi ont du mal à me suivre. J’ai dû en changer pour La Porte du messie  jugé trop sulfureux. Et aujourd’hui le recueil de nouvelles que je souhaite publier m’oblige encore une fois à aller voir ailleurs.

 

Est-ce que des titres du Club ont été traduits et publiés à l’étranger ?

Jean-Luc Bizien : Je serais ravi de l’apprendre. Je crois hélas que ça n’a pas été le cas. Dommage, car la série avait sans doute du potentiel à l’étranger, où le public est moins prompt à catégoriser les auteurs et leurs productions.

 

Jean-Luc a poursuivi les aventures de Vuk sous le pseudo de Vuk Kovasevic (huit tomes publiés chez Vauvenargues). Jean-Luc, vas-tu annoncer une bonne nouvelle à tes fans : Vuk va-t-il reprendre du service ?

Jean-Luc Bizien : J’ai l’intention de le faire, mais j’hésite encore pour l’éditeur. J’avais confié le premier tome à un petit éditeur, l’Atelier Mosésu, mais la distribution lui a cruellement manqué. Je cherche aujourd’hui une maison capable de reprendre la série et de jouer le jeu à fond. En échange, je suis bien entendu prêt à reprendre et augmenter tous les textes, et à écrire des nouveautés (il est confortable, le catalogue de monstres disponibles !).

 

Quel souvenir gardez-vous de votre travail pour cette collection ?

Philip Le Roy : J’en ai gardé le souvenir d’avoir fait partie d’une bande d’écrivains non conformistes, une nouvelle vague d’auteurs de thrillers apportant du sang neuf dans le polar post soixante-huitard et la littérature de genre.

Jean-Luc Bizien : Les échanges avec Xavier Mauméjean, puis ceux avec Pierre Fourniaud et Jean-François Platet. Nous rivalisions d’inventivité sur les jeux de mots débiles… mais je ne suis pas certain qu’ils avaient bien mesuré, en me glissant « tu peux te lâcher », que j’appliquerai la consigne à la lettre.

Quelques occasions de dédicacer à plusieurs nous offrirent également de bons moments.

 

Avez-vous une anecdote à nous livrer sur cette expérience ?

Jean-Luc Bizien : Le fou-rire communicatif de mon fils aîné, qui m’avait accompagné chez le photographe (Philippe Asset fait de la « photographie culinaire ») pour la séance qui a permis la réalisation du portrait que l’on trouve dans le roman. D’abord inquiet – il fallait descendre dans le sous-sol d’un pavillon parisien, pour atteindre une pièce insonorisée et entièrement carrelée (on s’imaginait aisément chez Dexter) –, il est devenu hilare en me voyant affublé de favoris à la Elvis (d’authentiques postiches made in Taïwan) et d’un dentier en plastique.

Il a fallu recourir au chantage pour éviter qu’il ne publie sur les réseaux sociaux les clichés pris avec son téléphone portable.

Philip Le Roy : Une anecdote ? J’évoquerais bien le rituel satanique, les calices de sang, les marques au fer rouge et la chirurgie esthétique requise pour intégrer le Club Van Helsing mais les représailles seraient diaboliques. Je n’évoquerai donc que de la séance de photo au cours de laquelle j’en ai bavé au sens propre comme au sens figuré et que l’on trouve sur le rabat de la couverture du roman.

 

Et pour conclure, LA question que tous les fans se posent : plutôt qu’un reboot, la série ne pourrait-elle pas renaître de ses cendres comme X-Files ou Twin Peaks qui reviennent sur les écrans plus de vingt ans après la diffusion de leur première saison ? Et, si oui, seriez-vous partants tous les trois pour signer un ou plusieurs titres ?

Philip Le Roy : Partant pour repartir ? Bien sûr. Mon héroïne Kathy Khan est devenue maman depuis Léviatown et elle a mûri depuis. J’ai donc de quoi épaissir le personnage ! Mais je pense surtout que cette série littéraire mériterait de devenir une série télévisée. Il y a matière à réaliser des épisodes incroyables. Tout est là, la bible, les personnages, les intrigues, la motivation des auteurs.

Jean-Luc Bizien : Si on parvenait à réunir tous les protagonistes autour d’une table et à se mettre d’accord, pourquoi pas ? J’ai quelques cartouches d’avance, contrairement à la plupart de mes collègues et j’ai décidé quoiqu’il arrive de poursuivre ma série – y réintroduire des éléments de la franchise Van Helsing ne poserait donc aucun problème.

Quant à une adaptation télévisuelle… je pense, comme Philip, que la série pourrait s’y prêter, pour peu qu’on harmonise le tempo des différents titres – surtout depuis que des chaînes comme Netflix et consorts produisent leurs propres shows.

 

Entretien réalisé par courrier électronique les 13 et 14 mars 2017.


(1)  À en juger par les réactions des fans de la première heure sur la page Facebook consacrée à la lecture commune, leur enthousiasme est intact !

 

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