Rétrospective 2017 : une année de lectures majeures

Un recueil de poésies publié chez un petit éditeur ardéchois, un philosophe sceptique, un immense écrivain français, le roman le plus cher de l’histoire de l’édition, un surdoué de la science-fiction, une œuvre fondatrice de la littérature américaine, de grands maîtres de l’épouvante : notre rétrospective de l’année 2017 déclinée en lectures majeures.

Poésie

Fragments d'un corps incertainFragments d’un corps incertain de Jean-Marie Barnaud, Cheyne éditeur. Torsions et contorsions de la phrase, souvent à la limite de la rupture du sens. Autant de poèmes qui s’enchaînent tels des visions éphémères ou des souvenirs fugaces, de minuscules histoires, incarnées, loin des exercices purement formels de certains stylistes à l’écriture abstraite. Nous sommes dans l’incarnation du verbe, non dans son abstraction. La quintessence de ce qu’est pour moi la littérature. Une langue incarnée.

 


Romans français

La Promesse de l’aube de Romain Gary, Gallimard, Folio.

La Promesse de l'aube

Je n’avais encore jamais lu ce magnifique roman autobiographique. Il était temps ! Une pure merveille qui vous laisse la gorge nouée et les larmes aux yeux.

 

La Vie devant soi de Romain Gay (Émile Ajar), Gallimard, Folio.

La Vie devant soi

Nous retrouvons toute la tendresse et l’humour de Romain Gary à l’égard de ses personnages dans cette histoire racontée par Momo, le petit Arabe élevé par la vieille Juive Madame Rosa. Un roman bouleversant de beauté que vous n’oublierez jamais.

« Je pense ne plus avoir assez de vie devant moi pour écrire une autre autobiographie », disait Romain Gary dans un entretien accordé à Radio-Canada. Quelques mois après l’enregistrement, l’écrivain mettait fin à ses jours, le 2 décembre 1980.


Romans nord-américains

City on fireCity on Fire de Garth Risk Hallberg, traduit de l’anglais (États-Unis) par Elisabeth Peellaert, Plon, collection Feux Croisés. Voici un livre dont on a beaucoup parlé, avant même sa parution, parce qu’il était le livre le plus cher de l’histoire de l’édition (2 millions de dollars et entre 150 000 et 200 000 euros en France pour les éditions Plon qui ont raflé la mise). Est-ce que cela a un quelconque intérêt, d’un point de vue littéraire s’entend ? Aucun.
Passons donc au livre lui-même, un pavé de 992 pages qui vous vaudra une tendinite si vous le lisez dans le métro. Alors oui, on s’emmerde un peu en lisant certains chapitres. C’est un peu longuet, parfois, et la fin n’est pas à la hauteur du roman. Mais Garth Risk Hallberg est un grand écrivain. Alors on s’en fout pas mal qu’il y ait quelques longueurs. Parce que, franchement, vous ne trouvez pas qu’il y a des longueurs, vous, dans Les Illusions perdues ? Bref, City on Fire n’est peut-être pas le grand roman américain du XXIème siècle, mais c’est assurément un des meilleurs romans américains publiés récemment.

 

Dans le grand cercle du monde (The Orenda), traduit de l’anglais (Canada) par Michel Lederer, Le Livre de Poche.

Dans le grand cercle du monde

Une lecture bouleversante. Un roman fort sur le deuil. Certainement le plus beau jamais écrit sur le sujet.

 

Aventures de Hucleberry FinnAventures de Huckleberry Finn (Adventures of Huckleberry Finn (Tom Sawyer’s Comrade)) de Mark Twain, traduit de l’anglais (États-Unis) par Bernard Hœpffner, éditions Tristram. (Re)découvrez, grâce à la superbe traduction de Bernard Hœpffner, cette œuvre fondatrice de la littérature nord-américaine à propos de laquelle Ernest Hemingway écrivait : « Toute la littérature moderne américaine découle d’un livre de Mark Twain intitulé Huckleberry Finn… C’est le meilleur livre que nous ayons eu. Tout ce qui s’écrit en Amérique vient de là. Il n’y avait rien avant. Il n’y a rien eu d’aussi bon depuis. » Et pour mieux comprendre toute l’importance de cette nouvelle traduction, lisez l’entretien accordé par Bernard Hœpffner à BibliObs en 2012 : https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20080918.BIB2032/c-est-mark-twain-qu-il-ressuscite.html


Science-fiction

Métro 2033Métro 2033 (METPO 2033) de Dmitry Glukhovsky, traduit du russe par Denis E. Savine, éditions L’Atalante, collection La Dentelle du cygne. Vous allez aimer vous perdre entre les lignes de ce roman de 653 pages, servi par la belle traduction de Denis E. Savine, aussi épais qu’un roman-feuilleton du XIXe siècle, comme son anti-héros, à travers ce labyrinthe mental et ces tunnels sombres. Retrouvez ma chronique ici : https://chroniquesdesimposteurs.wordpress.com/2017/01/20/metro-2033-de-dmitry-glukhovsky/


Western

La Captive aux yeux clairs

La Captive aux yeux clairs (The Big Sky) d’Alfred Bertram Guthrie, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch, Actes Sud, collection L’Ouest. « S’il existe un roman homérique en langue anglaise, c’est La Captive aux yeux clairs. » James Lee Burke.

 

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La Route de l’Ouest (The Way West) d’A. B. Guthrie, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Dilly, éditions Actes Sud, collection L’Ouest, le vrai. Deuxième opus de la magnifique saga The Big Sky qui compte six romans (dont quatre figurent au catalogue d’Actes Sud) avec ce second western pour lequel A. B. Guthrie a obtenu le Prix Pulitzer en 1950. Un magnifique western !


Épouvante

L'Appel de CthulhuL’Appel de Chtulhu (The Call of Chtulhu) de H. P. Lovecraft, traduit de l’anglais (États-Unis) par François Bon, éditions Points. Quel plaisir de se replonger dans l’œuvre de H. P. Lovecraft, pur styliste, grâce aux nouvelles traductions de François Bon ! On peut regretter toutefois que l’éditeur n’ait pas regroupé plusieurs récits en un seul volume. 8 volumes publiés à ce jour.

 

L’Exorciste (The Exorcist) de William Peter Blatty, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacqueline Remillet, éditions Robert Laffont, collection Pavillons poche.

L'Exorciste

L’Exorciste est un roman que vous ne parviendrez pas à lâcher tant l’intérêt ne faiblit jamais, montant crescendo jusqu’au final. Les personnages sont magnifiquement campés. Certes, on ne frissonne pas à la lecture de ce roman d’épouvante, et c’est une toute autre émotion que la peur qui vous emportera à la fin. Une profonde tristesse. Ma chronique ici : https://chroniquesdesimposteurs.wordpress.com/2017/02/08/lexorciste-de-william-peter-blatty/

 

MasticationMastication (I Can’t Get No) de Jean-Luc Bizien, éditions Baleine, collection Club Van Helsing. Lire dix ans après sa parution cette petite pépite, c’est comme découvrir la version entièrement remastérisée d’un film culte à la pellicule granuleuse restaurée dans ses couleurs d’origine. Ma chronique ici : https://chroniquesdesimposteurs.wordpress.com/2017/03/06/i-cant-get-no-satisfaction-de-jean-luc-bizien/ et l’interview de Jean-Luc Bizien et de son comparse Philip Le Roy là : https://chroniquesdesimposteurs.wordpress.com/2017/03/16/interview-de-jean-luc-bizien-et-philip-le-roy/

 

Ca

Ça (It) de Stephen King, traduit de l’anglais (États-Unis) par William Desmond, éditions J’ai Lu. « Ils flottent, gronda la voix, ils flottent Georgie, et quand tu seras en bas avec moi, tu flotteras aussi… » Relecture de cette œuvre maîtresse de Stephen King. Plus de 20 ans que je n’avais pas relu ce roman du maître de l’épouvante. Et quel roman ! Une construction remarquable. L’œuvre d’un conteur hors pair. Stephen King est assurément l’un des plus grands écrivains américains vivants. Longue vie au King !

Jessie (Gerald’s Game) de Stephen King, traduit de l’anglais (États-Unis) par Mimi et Isabelle Perrin, éditions Albin Michel.

Jessie

Belle découverte que ce roman très étrange du maître King que je n’avais pas encore lu.


Essais et documents

De l'inconvénient d'être néDe l’inconvénient d’être né d’Emil Cioran, Gallimard, Folio. « Il ne faut pas s’astreindre à une œuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l’oreille d’un ivrogne ou d’un mourant. » Que dit Cioran de l’homo sapiens génération 2.0 ? Dans ce recueil d’aphorismes (que nous dirions aujourd’hui calibrés pour un tweet), forgés dans une langue respectueuse d’un certain idéal classique, sourd une férocité (non dénuée d’humour) profondément salvatrice pour la pensée moderne. Voici le livre idéal pour vous souhaiter de temps à autre une journée aussi bonne qu’elle puisse l’être, ce qui nous changera des citations de Paulo Coelho collées sur des images de National Geographic (sérieusement, qu’est-ce que vous avez avec Paulo Coelho ? On dirait des brèves de comptoir version sobre, autant dire que c’est creux et chiant au possible.)

 

La Fabrique du monstre

La Fabrique du monstre de Philippe Pujol, éditions Les Arênes. Dans ce livre, le journaliste marseillais, prix Albert Londres 2014, évoque la fatalité, celle qui écrase les hommes sous le soleil de Provence.

 

 

 

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Le RAID, 30 ans d’interventions de Jean-Marc Tanguy, préface de Jean-Michel Fauvergue, chef du RAID, éditions Pierre de Taillac. Cette superbe monographie vaut autant pour sa richesse iconographique (la plupart des photos sont de Jean-Marc Tanguy) que pour le récit palpitant des opérations les plus connues, racontées au plus près de l’action, à hauteur d’homme, caméra sur l’épaule, comme si vous y étiez. Un document exceptionnel ! Retrouvez ma chronique ici : https://chroniquesdesimposteurs.wordpress.com/2017/03/03/le-raid-30-ans-dintervention-de-jean-marc-tanguy/

Les Guerriers de l’ombre de Jean-Christophe Notin, éditions Tallandier. Treize agents clandestins de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ont accepté de briser le silence. Leur expérience, complétée par celle d’anciens chefs de poste et de membres du Service Action, permet de brosser le portrait de ces officiers traitants opérant dans la clandestinité dans les zones de crise pour la défense de nos intérêts. Un document exceptionnel qui fait suite à la diffusion sur CANAL+ en juin 2017 du documentaire éponyme réalisé par Frédéric Schoendoerffer et écrit par Jean-Christophe Notin : https://www.mycanal.fr/guide/programme/8621326-les-guerriers-de-l-ombre.htmlLes Guerriers de l'ombre


Je termine ce tour de l’année 2017 et vous souhaite une excellente année 2018 sur ces beaux vers de Jean-Marie Barnaud :

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