Comment vivre en poète d’Éric Poindron

CV-Comment-vivre-en-poete-Poindron-recto-600x958« Écrivain, éditeur, critique, journaliste, “biblionomade”, [Éric Poindron] est une figure incontournable de la poésie d’hier et d’aujourd’hui. Louis-Sébastien Mercier des temps modernes, infatigable livrier, collectionneur de curiosités d’ici et d’ailleurs, mioche après l’âge, familier des fantômes et des volumes poudreux », écrit si justement Hans Limon [1] à propos de l’écrivain et poète qui dirige pour Le Castor Astral la collection « Curiosa & cætera », collection dans laquelle ce « rêve-à-tout », ― pour reprendre la belle formule de François Angelier ―, publie son dernier livre, Comment vivre en poète, un ouvrage préfacé par CharlÉlie Couture [2], aussi inclassable et curieux que son auteur.

Ni traité, ni manifeste, ni mode d’emploi, Comment vivre en poète est un livre de questions sans réponses, une invitation à la rêverie, l’ouvrage rare et précieux d’un bibliomane amoureux, d’un prestidigitateur, d’un érudit, d’un dresseur de papillons, d’un dandy, ― en un mot : d’un honnête homme.

Car vivre en poète ne signifie pas se tenir à sa table face à une page blanche : « Aujourd’hui je n’ai rien fait. / Mais beaucoup de choses se sont faites en moi. […] Ne rien faire / sauve parfois l’équilibre du monde, / en obtenant que quelque chose aussi pèse / sur le plateau vide de la balance », écrit le poète argentin Roberto Juarroz (Treizième poésie verticale) qu’Éric Poindron cite page 75.

Depuis De l’égarement à travers les livres paru en 2011, jusqu’à L’Étrange questionnaire (2017), en passant par Comme un bal de fantômes (2017), Éric Poindron poursuit inlassablement chez Le Castor Astral une œuvre unique et singulière dans le champ littéraire.

On flâne avec un immense plaisir parmi les 135 pages que compte ce nouvel opus, comme un promeneur solitaire errant dans un jardin des merveilles, un visiteur égaré la nuit dans un cabinet des curiosités.

Breton, Picasso, Pizarnik, Bachelard, Dickinson, Apollinaire, Reverdy, Eco, Char…, toutes les figures invoquées ici et là ne sont pas les mannequins d’un musée de cire : ces écrivains, ces poètes, n’ont jamais été aussi vivants.

« Ce livre est avant tout un livre de lecteur, car celui qui vit en poète doit être, chaque jour un lecteur de poésie », rappelle l’auteur (p. 28). Et d’ajouter : «  Ce livre n’est pas un livre, ou à peine, ou beaucoup plus qu’un livre. C’est un grenier rempli de poètes, peut-être ; et de souvenirs de poètes. »

Ce livre, c’est la malle poussiéreuse que l’on découvre dans un vieux grenier, celle qui contient les souvenirs de l’enfance, nos premiers émois de jeune lecteur, des trésors oubliés. L’enfance, ― ou plutôt « les enfances » comme l’écrit Éric Poindron ―, auxquelles l’auteur revient sans cesse, comme autant de sources inépuisables d’inspiration, parce qu’« inventer c’est savoir se souvenir » (p. 76).

Lorsqu’il évoque l’écriture, Éric Poindron cite Charles Juliet : « On comprend pourquoi Hofmannsthal ― mais est-ce bien lui ? ― a pu dire qu’un écrivain est quelqu’un pour qui écrire est plus difficile que pour toute autre personne. » (Apaisement, Journal VII, POL, cité p. 55)

Sous la question « Que trouve-t-on derrière l’horizon ? », l’auteur invoque Pierre Reverdy : « Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore ― pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots atteignant l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tristesse ou la joie. » (« La Fonction poétique » in Revue du Mercure de France, cité p. 65).

« Pourquoi la nuit peut-elle être un sentiment ? », nous interroge l’auteur, avant de murmurer à notre oreille ces mots du philosophe Vladimir Jankélévitch : « Nous avons besoin d’un ciel clandestin et d’une causalité féérique qui échappent aux obligations prosaïques du jour. » (Quelque part dans l’inachevé, cité p. 72)

Les nombreuses citations qui émaillent le livre et les commentaires d’Éric Poindron ne sont jamais des réponses. « Qu’est-ce qu’une réponse ? », avertit d’ailleurs l’auteur dans une note liminaire p. 37. Et l’on sait combien l’écrivain abhorre les sectateurs, préférant suggérer ce qu’il appelle des « pistes » (ibid.), sans jamais asséner de vérité, y compris (et surtout) lorsqu’il parle de ce qu’est l’art poétique : « La poésie n’est pas un but / c’est, comme les mathématiques, un chemin. » (p. 88) Rappelant que « ne pas comprendre, c’est aussi la poésie. » (p. 83)

Comment vivre en poète est une petite merveille, un grand bonheur de lecture, un de ces livres dont on dit qu’il nous font du bien, à offrir et à partager avec vos amis amateurs de poésie, lectrices et lecteurs curieux, ainsi que toutes celles et ceux qui écrivent.


Comment vivre en poète d’Éric Poindron, collection « Curiosa & cætera », Le Castor Astral, février 2019

[1] https://diacritik.com/eric-poindron. À lire, l’entretien que Hans Limon nous a accordé lors de la publication de son livre Poéticide : https://chroniquesdesimposteurs/entretien-avec-hans-limon

[2] À lire, l’entretien que CharlÉlie Couture nous a accordé à l’occasion de la parution de son recueil de poèmes rock, La Mécanique du ciel, édité par Éric Poindron chez Le Castor Astral : https://chroniquesdesimposteurs/entretien-avec-charlelie-couture/


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s