Festival Raccord(s)

La 9ème édition du festival Raccord(s) se tient cette année du 1er au 3 juillet au couvent des Récollets qui abrite la Maison de l’architecture d’Île-de-France [1]. Ce festival est organisé par l’association des Éditeurs associés, créée en 2004, qui réunit de petites et moyennes maisons d’édition indépendantes partageant une même vision du métier d’éditeur et d’éditrice, que ce soit dans la fabrication du livre, le rythme de publication ou le choix des thématiques. Cette année, les maisons d’édition associées au festival sont les éditions Asphalte, Le Chemin de Fer, Cheyne, La Contre Allée, Esperluète, Jasmin, Nada, L’œil d’Or, Papier machine, Solo ma non troppo, Les Venterniers, Ypsilon et Zinc. Pour évoquer cette nouvelle édition nous avons donné la parole à plusieurs éditeur·ices de l’association.

Au-delà de leur indépendance, qu’ont en commun les éditeur·ices qui participent au festival Raccord(s)cette année ?

Une exigence dans le choix des livres qu’ils publient, dans le soin apporté à leur fabrication, une même vision de la littérature et une confiance inébranlable dans le fait qu’un livre peut changer le monde.

Frank Smith et Julien Serve, lecture dessinée de Pour parler aux éditions Créaphis, à la Maison de la poésie (© Anne Leloup)

Le fil rouge de cette 9ème édition se fait autour de la vie en ville, de l’urbanisme, et de l’architecture. Comment s’est construite la programmation autour de cette thématique ?

Le fait que le festival prenne ses quartiers à la Maison de l’architecture d’Île-de-France (basée dans l’ancien couvent des Récollets), nous a tout naturellement amenés à apporter une attention particulière aux questions liées à l’urbanisme et l’architecture, sachant que, parmi les éditeurs que nous invitions, plusieurs avaient dans leur catalogue un fonds riche d’ouvrages traitant de ces problématiques. Ainsi, par exemple, le dimanche le public sera-t-il invité à une lecture randonnée avec deux comédiens dans le quartier du couvent des Récollets nourrie du Dictionnaire de la marche en ville, publié par les éditions L’œil d’or.

Par ailleurs, chaque année, en amont du festival, nous organisons une table ronde professionnelle à destination des libraires et bibliothécaires. Cette année, le 23 juin à la Médiathèque Françoise Sagan, le thème en sera « La vie en ville dans les livres », la question étant de savoir comment transmettre aux lecteurs le désir de s’emparer de ces problématiques. Plusieurs éditeurs viendront partager leur expérience.

Geneviève Hergott, plasticienne et éditrice des éditions solo ma non troppo, proposera une fresque participative pour dessiner une ville idéale pendant toute la durée du festival.

Les comédiens Anna Jacob et Jean Joudé, lecture théâtralisée de La liberté totale de Pablo Katchadjian aux éditions Othello, dans les Catacombes de Paris (© DR)

Vous investissez des lieux insolites tels que piscines, salons de coiffure ou encore des catacombes. Pourquoi ce choix ?

À vrai dire, cette année, nous avons décidé de renouveler le festival en investissant un lieu unique, la Maison de l’architecture, au couvent des Récollets, afin de pouvoir proposer trois jours festifs où le public pourra, non-stop, assister à des rencontres, lectures musicales, performances, ateliers jeunesse, etc.

Ceci dit, la particularité du Festival Raccord(s) reste de mettre en avant un livre et un éditeur dans une forme originale et festive. De cette manière nous pouvons lier la littérature avec la botanique, la cuisine, le dessin et bien d’autres choses encore.

À quel public s’adresse le festival ?

Le festival s’adresse à tous les lecteurs curieux qui ont envie d’emprunter d’autres chemins que ceux balisés par les grandes maisons d’éditions et les médias. Il y a des événements jeunesse et adulte. Un tribunal du mot, mis en place par le collectif Papier Machine tout au long des trois jours, permettra de mettre en accusation ou de réhabiliter des mots. Ypsilon éditeur nous invitera à une rencontre autour de Ton-chan le glouton, chef d’œuvre de la littérature jeunesse japonaise, qui sera suivi d’une dégustation du fameux tonkatsu (porc pané frit).

Travaillez-vous en partenariat ? Les aides publiques sont-elles indispensables pour l’édition indépendante ?

Les aides publiques sont indispensables à l’organisation d’un festival comme Raccord(s). Si la question porte sur les éditeurs indépendants, il est évidemment aussi indispensable que ces aides existent, ce qui n’est pas exactement la même chose que de dire qu’elles sont indispensables à la publication d’un ouvrage. Certains livres ne pourraient voir le jour sans, tant leur nécessité est dissociée de la question d’une rentabilité financière immédiate.

Jacques Rebotier et Odille Lauria, lecture bilingue franco-mexicaine de Contre les bêtes de Jacques Rebotier aux éditions le Nouvel Attila, à la Fondation Deutsche de la Meurthe de la Cité universitaire de Paris (© DR)

Diriez-vous que Raccord(s)est un festival militant ?

Dans la mesure où la littérature l’est, sans aucun doute. Attention toutefois à ne pas galvauder certains mots en les utilisant à tort et à travers. La notion d’engagement, en faveur de l’édition indépendante, serait peut-être plus appropriée.

Peut être que notre militance se trouve aussi dans l’attention que nous portons au public, en proposant des activités de qualité gratuitement puisque l’entrée est libre pour le public.

Il y a quelques années, François Bon, écrivain mais aussi lui-même éditeur, disait que c’est le plus souvent au sein des maisons d’édition indépendantes que les œuvres les plus exigeantes sont publiées. Partagez-vous son point de vue ?

Les éditeurs indépendants se donnent une plus grande liberté dans le choix des livres qu’ils publient. Celle-ci a un prix, qui n’est pas celui de la rentabilité et du profit. Il est probable que peu de grosses maisons puissent encore se le permettre.

Ce festival n’est-il pas aussi l’occasion de dresser un état des lieux de l’édition indépendante ? Quel avenir pour l’édition indépendante à l’heure où le milieu semble dominé par de grands groupes, Hachette, Editis et Madrigall, avec une tendance à la bollorisation depuis le début des manœuvres d’OPA du groupe Vivendi sur Lagardère ?

Notre association est un lieu d’échanges et de mutualisation de compétence entre éditeurs, elle permet par là même de réaliser de projets collectifs que les éditeurs auraient sans doute du mal à réaliser individuellement. La force du collectif réside de cette énergie commune. C’est dans ce cadre-là que les échanges sur nos pratiques se font.

Ce festival permet à chaque éditeur de présenter le meilleur de sa production dans un cadre privilégié, pour un week-end festif  d’échange avec le public.


Entretien réalisé par courrier électronique en juin 2022. Propos recueillis par Guillaume Richez avec le concours de l’inestimable Aurélie Serfaty-Bercoff.

[1] La programmation complète est à découvrir ici : https://lesediteursassocies.com/webshop/festival/edition-2022

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s