Festival Tournez la Plage

Du 4 au 6 août se tient à La Ciotat la 5ème édition de Tournez la Plage, un festival consacré aux écritures poétiques contemporaines dont la nouvelle édition investit cinq lieux au cœur de la ville, à deux pas des plages. Cette année une vingtaine de poétesses et poètes feront entendre leurs textes, souvent inédits, à ciel ouvert : Pauline Catherinot, Patrick Sirot, Claude Ber, Frédérique Guétat-Liviani, Dominique Cerf, Stéphane Nowak Papantoniou, A.C. Hello, Guillonne Balaguer, Cédric Lerible, Béatrice Brérot, Maxime Hortense Pascal, Pascale Petit, Julien Blaine, André Robèr, Marianne Catzaras, Vincent Tholomé, Cécile Richard, Marc Guillerot, Nadine Agostini, Claude Favre, Gauthier Keyaerts, Hortense Raynal et Matteo Vergnes. Rencontre sous le soleil avec Mariann Chrétien et Valérie Dol, les deux organisatrices qui reviennent sur la création du festival et évoquent pour Les Imposteurs les coulisses de cette nouvelle édition.

Comment est née l’idée de créer Tournez la Plage ?

La création de ce festival s’est imposée à nous de façon assez évidente après avoir ouvert notre lieu culturel au centre-ville de La Ciotat, La Boutique, dans lequel nous organisons régulièrement des lectures de textes contemporains et particulièrement poétiques. Pour faire connaître ces écritures, il nous a semblé pertinent d’en faire profiter un plus grand nombre, d’où cette idée d’organiser des lectures dans les rues. Il se trouve que ce genre de textes, performés, souvent mais pas toujours, se prête à ces manifestations publiques.

Tournez la Plage est un festival consacré aux écritures contemporaines, et plus particulièrement aux écritures poétiques. Pourquoi faire de la poésie un genre d’exception ? Aurait-elle pour vous une place à part dans le champ littéraire actuel ?

Il y a beaucoup de poètes, il y a beaucoup de recueils publiés mais peu de lecteurs. En revanche, c’est un genre littéraire qui offre le plus de libertés créatrices malgré l’idée encore conventionnelle que les gens en ont : les textes sont courts, ils sont percutants et, à l’instar de toutes les expressions contemporaines, ils sont difficilement classables puisqu’ils peuvent être visuels, sonores, performatifs….

Pauline Catherinot © DR

Quels sont les partis pris de votre festival ?

Nos partis pris sont avant tout de faire découvrir au public des expressions d’aujourd’hui et de montrer que la poésie ne se trouve pas que dans les livres réservés à une élite cultivée et avertie.

Programmer un festival dédié aux écritures poétiques contemporaines en plein cœur de l’été dans une ville de bord de mer n’est-ce pas un pari risqué ?

C’est en effet un pari risqué mais justement, nous aimons le mélange des genres. Pourquoi des vacanciers venus pour les joies de la plage ne pourraient-ils pas tendre l’oreille et se laisser surprendre ?

Quelle a été l’affluence des dernières éditions ? Selon vous qu’est-ce qu’une édition réussie ?

Nous avons multiplié par cinq le nombre d’auditeurs depuis la première édition en 2017. Pour nous, une édition réussie tient au fait que des promeneurs s’arrêtent, s’attardent et reviennent le lendemain.

Cédric Lerible © DR

Quels sont les temps forts des précédentes éditions qui vous restent en mémoire ?

On en a beaucoup… Stéphane Nowak Papantoniou qui improvise à partir des affiches du cinéma Lumière, Patrick Sirot rendant hommage à Julien Blaine présent dans le public, l’atelier d’écritures « Lignes de partage » qui révèle en public les textes travaillés pendant l’année et la fin de notre première édition où nous étions très très émues.

Quelles sont les nouveautés de cette 5ème édition ?

Cette année nous proposons, en parallèle des rendez-vous poétiques trois expositions : une de Julien Blaine à La Boutique (6, rue des Frères Blanchard, La Ciotat), Frédérique Guétat-Liviani au Cercle de La Renaissance (Avenue Galliéni) et Mattéo Vergnes à A. Polina (rue JB Reynier, La Ciotat).

Comment parvenez-vous aujourd’hui à trouver le budget qui vous permet de réunir une vingtaine d’invité·e·s ? Est-ce que les poétesses et les poètes sont toutes et tous rémunéré·e·s ?

Oui, nous rémunérons tous les auteurs, ils sont aussi défrayés de leur voyage, nourris et hébergés de façon solidaire. Nous pouvons compter cette année sur des aides institutionnelles plus conséquentes (aide de la mairie, du Conseil régional et de Sofia Action Culturelle) et aussi sur la générosité de nombreux donateurs. Nous couvrons aussi les frais d’impression grâce aux publicités que les commerçants de La Ciotat nous confient. De plus, les revenus de l’association L’Art Hic et Hoc financent en partie le festival.

Guylaine Monnier © DR

Vous travaillez cette année avec le Centre international de poésie Marseille (Cipm). Qu’est-ce que ce nouveau partenariat vous a apporté ?

C’est pour nous une reconnaissance de notre travail, de plus le Cipm nous propose deux artistes que nous allons découvrir. 

À quel public s’adresse Tournez la Plage ? Qui vient à La Ciotat pour ce festival ? Avez-vous constaté une évolution des publics depuis la première édition en 2017 ?

Tournez la plage s’adresse à tout le monde : les habitués des lectures à La Boutique, ceux qui se déplacent de Marseille, Toulon et Aix et alentours. Nous osons dire qu’il s’agit dorénavant d’un rendez-vous attendu, sans compter les baigneurs qui avec serviettes et bouées s’arrêtent pour écouter !

Comment s’est construite la programmation de cette 5ème édition ?

Nous invitons depuis 2017 des éditeurs et des revues de poésie qui nous proposent leurs auteurs. Nous aimons aussi inviter chaque année, les poètes qui généreusement nous ont soutenus depuis le début et dont nous apprécions particulièrement les écritures. La fréquentation du Cipm et du festival de Sète, les Voix Vives, est aussi un moyen pour découvrir des auteurs nouveaux.

Vincent Lafaille © DR

Qu’ont en commun les poétesses et poètes invité·e·s cette année ?

Question difficile parce que les écritures sont variées et singulières…

Pour cette 5ème édition deux maisons d’édition seront à l’honneur, Série discrète et Dernier télégramme. Pourquoi ce choix ?

Parce que nous aimons particulièrement leur catalogue à la fois varié et exigeant et que cela permet de rendre visibles des maisons d’édition peu connues du grand public.

Diriez-vous que Tournez la Plage est un festival engagé ?

Oui, c’est un festival engagé parce que nous avons le désir de faire entendre des écritures originales et parfois difficiles à un large public. Nous mettons les poètes et leurs textes dans la rue pour qu’ils soient à portée de main et d’oreilles et ce, uniquement par pur plaisir non mercantile.

Qu’est-ce que la lecture à voix haute apporte à la poésie ?

Du rythme, de la chair, un timbre de voix, un sens que l’on n’aurait peut-être pas perçu dans une lecture personnelle.

Guillonne Balaguer © DR

Certaines écritures se prêtent mieux à la lecture à voix haute que d’autres. Le choix de vos invité·e·s est-il conditionné à cela ? Privilégiez-vous les poétesses et poètes capables de performer leurs textes ?

Non pas particulièrement, certains chuchotent leurs textes…

Pourquoi demander aux poètes et poétesses de lire leurs textes en extérieur plutôt que dans un lieu clos qui leur offrirait un espace d’écoute plus confortable ? Est-ce l’idée de sortir la poésie de son pré carré ? De montrer qu’elle est accessible ?

Absolument !

Qu’en est-il de la vente des livres ? Avez-vous constaté que les séances de lectures étaient suivies de ventes ?

Oui, tout à fait. Les éditeurs sont d’ailleurs très friands de ce genre de manifestations, c’est une façon pour eux de se faire connaître.

Diriez-vous que Tournez la Plage est un observatoire des écritures poétiques actuelles ?

Non, nous ne voulons surtout pas être un outil de mesure et rentrer dans une sorte d’institution.

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle édition ?

Fébrilité, excitation et très bientôt ravissement !


Entretien réalisé par courrier électronique en juillet 2022. Propos recueillis par Guillaume Richez.

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