Conseils de lecture

Outre les chroniques publiées sur le site, vous trouverez dans cette rubrique des conseils de lecture.

 


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« je me souviens de ma grand-mère

− Mon petit

avant de se claquemurer au fond d’elle-même contrite, la théière sur la table et le

− Mon petit

pas moi, elle étonnée s’interrogeant

− Mon petit ?

sans saisir ce que

− Mon petit

signifiait et ne vous en faites pas, grand-mère, c’est l’agneau qui a bougé dans la vase, un tricot et des jupes que personne n’a jamais portées, des choses dont cette maison était faite et moi traversant l’orge là où jamais d’orge, de la terre poreuse, des genêts, la sensation qu’une créature

(mon père ?)

− Ne me laisse pas

enfin en paix et la certitude que c’était le bourg qui venait à moi et non le cheval qui s’en approchait, les petites fenêtres étaient ouvertes et les rideaux s’agitaient, les photographies m’attendaient heureuses et au moment de me joindre à elles mort moi aussi

(mort ne l’ai-je pas toujours été, ne le serai-je pas toujours ?)

quelqu’un que je ne connais pas en train de parfumer les coffres à l’étage d’un endroit qui n’existe pas. »

(pages 30-31)

La Nébuleuse de l’insomnie (O Arquipélago da insónia) d’António Lobo Antunes, traduit du portugais par Dominique Nédellec, Points, mars 2016

Chef-d’œuvre !


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« Je savais déjà qu’écrire était inutile. Ou que cela ne valait la peine que si l’on était disposé à écrire une œuvre maîtresse. La plus grande partie des écrivains se trompe, ou bien joue. Peut-être que se tromper ou jouer, c’est la même chose, les deux côtés de la même pièce de monnaie. En réalité, nous ne cessons d’être des enfants, des enfants monstrueux pleins de boutons de fièvre, de varices, de tumeurs et de taches cutanées, mais des enfants en fin de compte, c’est-à-dire que nous ne cessons jamais de nous accrocher à la vie, puisque nous sommes vie. On pourrait aussi dire : nous sommes théâtre, nous sommes musique. De la même manière, ils sont nombreux les écrivains qui renoncent. Nous jouons à nous croire immortels. Nous nous trompons en jugeant nos propres œuvres et en jugeant, toujours de manière imprécise, les œuvres des autres. Rendez-vous au Nobel, disent les écrivains, comme qui dirait : Rendez-vous en enfer. »

2666 de Roberto Bolaño, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio, Folio, Gallimard.

Roman total, véritable somme romanesque, le testament littéraire de Bolaño publié après sa mort. Un chef-d’œuvre absolu.


 

81i0bkN+sJLLettres à la bien-aimée de Thierry Metz, collection L’Arpenteur, Gallimard.

Ce recueil de poèmes bouleversant a été composé par Thierry Metz lors d’un stage de maçonnerie à Périgueux sur un cahier qu’il a offert à sa femme et dédié à leur fils Vincent, tué par une voiture à l’âge de 8 ans.

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« Elle persévèrerait dans sa voie, sans qu’aucun des deux sache alors, à vingt ans, que les déraillements qui furent sa vie, qui semblèrent la composer, étaient en réalité un destin et non une série de ruptures ; ou plutôt que ces ruptures formaient une ligne droite, inexorable, qui l’emmenait inexorablement à sa perte, à cette chute ultime qui l’enverrait, bien plus tard, à la rencontre du sol, quatre étages sous elle. »

Paul, étudiant et gardien de nuit dans un hôtel de luxe, s’éprend de la belle et riche Amélia qui occupe la chambre 313. Chez elle tout est mystère, ses allées et venues, tout comme les rumeurs qui l’entourent. Lorsqu’elle disparaît, Paul ignore qu’Amélia s’est rendue à Sarajevo à la recherche de sa mère.

Dans une langue somptueuse – la phrase comme la corde du funambule, tendue au-dessus du vide de l’existence de Paul et d’Amélia -, où se jouent l’art de l’hésitation (l’obsession de la correction), l’expression du doute le plus profond, la peur de trébucher sur le mot comme on bute sur la marche d’escalier dans l’ascension qui nous conduit au point final, Jakuta Alikavazovic compose une toile à la trame complexe, une narration riche, polyphonique, polysémique, où passé, présent et futur s’entrechoquent, pour recomposer, lentement, les moments cachés, hors champs, d’un drame en apesanteur.

« Pour le moment elle vit en suspens entre ciel et terre, elle vit des instants qui semblent tout droit issus d’un rêve ou d’un cauchemar, des instants où le passé le plus lointain entre en collision avec ce qui lui paraît encore être l’avenir mais est le présent, comme si le temps s’effondrait sur lui-même […]. »

Gageons que ce sublime roman injustement ignoré par les jurés des prix littéraires d’automne sera récompensé par le jury du Prix du Livre Inter.

L’Avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic, éditions de l’Olivier, août 2017.


 

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La poésie est l’essence de la littérature.
Pour Jean-Pierre Siméon elle est l’urgence même, en ce sens qu’elle peut tout dire, des sentiments les plus forts et des questionnements les plus sensibles sur la vie, la mort et le temps.
Jean-Pierre Siméon, dramaturge, romancier, poète, responsable du Printemps des poètes, succède cette année à André Velter à la direction de la collection Poésie/Gallimard. Ses œuvres poétiques, ainsi que celle de Jean-Marie Barnaud (qui signe ici la préface), sont éditées chez le Cheyne Éditeur.

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