Breaking News de Franck Schätzing

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« Maintenant écoutez bien, Sugar Daddy. Là où je vis, il y a quatre points cardinaux. Ailleurs aussi. Mais bizarrement, moi, je ne vois que de la merde, quelle que soit la direction dans laquelle je me tourne. Il y en a une cinquième ? Je serais ravie de le savoir. Voilà, maintenant, vous connaissez mes perspectives. » (page 291)

C’est ainsi que s’exprime Soshana Cox lorsqu’elle s’adresse à l’homme qui lui propose de la recruter au sein du Shin Beth, le service de sécurité intérieure israélien. Assurément le personnage le plus intéressant de ce pavé de 994 pages, car Frank Schätzing ne s’intéresse que très peu aux personnages de Breaking News, écrasés qu’ils sont par l’ampleur de ce roman d’espionnage qui se veut une somme, somme romanesque, fresque historique, saga familiale, thriller… Ou plutôt, les personnages n’intéressent l’auteur que dans l’exacte mesure où ils servent fidèlement son récit.

Je vais être clair : j’ai abandonné la lecture de ce roman vendu comme une « thriller palpitant » (rassurez-vous si vous êtes cardiaques, les palpitations que ce roman pourrait provoquer – sait-on jamais – seront sans incidence sur votre santé) à la 384 pages. Pourquoi ? Parce que je me suis ennuyé ferme ! Est-ce à dire que Breaking News est un mauvais roman ? Non, loin de là.

Frank Schätzing tenait un sujet passionnant. Voici le résumé du roman par l’éditeur :

« Tel Aviv, mai 1948. La création de l’État d’Israël proclamée, le rêve de Jehuda et d’Arik devient réalité. Nés à la fi n des années vingt dans une communauté installée en Palestine, les deux garçons ont vécu, côte à côte, adolescents, la violence de la lutte pour la possession de ce bout de terre.

Tel Aviv, novembre 2011. Tom Hagen, grand reporter de guerre, est au fond du trou à la suite d’une opération désastreuse en Afghanistan. Mis sur la piste de données confidentielles prouvant les activités illégales des Services de sécurité intérieure israéliens, il voit une chance inouïe de relancer sa carrière. Mais ce qui devait être un énorme scoop se transforme en une mortelle réaction en chaîne. Livré à lui-même, il se retrouve au cœur d’une gigantesque conspiration dont les racines remontent à la Palestine sous mandat britannique. »

Pour écrire Breaking News Frank Schätzing a eu accès à des sources de premier plan. Malheureusement cela ne suffit pas pour construire un bon thriller et captiver le lecteur. Ses personnages ne sont que de pâles figurants dans une superproduction technicolor. On ne parvient à aucun moment à s’intéresser véritablement à eux. Tout est à la fois trop maîtrisé et sans grand relief. Les scènes se succèdent, toutes narrées d’une voix assez monocorde, rien qui ne vienne faire palpiter le cœur du lecteur.

Parfois le style se réduit à une succession de phrases syncopées qui n’aident nullement à redonner du souffle : « Le rédacteur en chef. Discussion avec Hambourg, l’avant-veille. » (p. 80) Ce genre de tic stylistique agaçant revient régulièrement et ne permet pas d’accélérer le rythme, bien au contraire, il heurte la vue, fragmente la lecture.

La question est d’ailleurs de savoir qui s’exprime, qui est le véritable narrateur de cette fresque hyper documentée, comme par exemple page 217 lorsque est évoqué le statut de « zone sous surveillance internationale » de Jérusalem. « Grotesque », lit-on. Un jugement qui tombe là, sans aucun filtre, sans explication. L’auteur livre son opinion sur l’Histoire. Il aurait pu laisser ses personnages (des personnages historiques pour la plupart, notamment Ariel Sharon) le faire ou les laisser agir de manière à ce que le lecteur en tire ses propres conclusions.

J’ai eu à plusieurs reprises l’impression de lire l’article (un très long article) d’un reporter, un article très documenté, où se mêleraient des éléments de fiction, et dans lequel le journaliste, sous couvert de signer une œuvre de fiction, se permettrait de donner son opinion.

Tout était pourtant réuni pour faire de Breaking News un grand roman : un sujet passionnant, des sources innombrables…

Je ne déconseille néanmoins pas la lecture de ce livre. D’abord parce que je n’en ai lu qu’un tiers, ce qui à mes yeux ne suffit pas pour porter un jugement ferme sur l’œuvre. Certes, je me suis ennuyé mais peut-être que mon intérêt aurait crû par la suite. Ensuite, je suis convaincu que les qualités de ce roman (car il y en a) sauront séduire d’autres lecteurs.


Breaking News de Frank Schätzing, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, éditions Piranha, avril 2017

 

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