Interview d’Aurélien Police, illustrateur

J’ai découvert Aurélien Police avec sa superbe couverture de Jardin d’hiver d’Olivier Paquet publié chez L’Atalante. Le coup de foudre a été immédiat pour les illustrations de cet artiste talentueux qui travaille avec Le Bélial’, Folio SF, J’ai Lu, Denoël, Glénat Comics, Les Moutons électriques, Scrineo, Mnémos…

Portrait de l’artiste.

 

Vous n’avez pas suivi de formation artistique. Vous êtes un autodidacte. Commençons par une question qui vous a été mille fois posée : qu’est-ce qui vous a conduit à devenir illustrateur ?

Un peu de hasard et une grosse dose de temps libre. Après mes études universitaires de lettres interrompues tout juste avant de mettre le doigt dans le probable engrenage de l’enseignement, je me suis mis à réaliser des interfaces pour des sites web ainsi que des photomontages. La création numérique et ses possibilités, d’après ce que j’en voyais sur Internet au début des années 2000, m’intéressaient beaucoup, mais je n’avais jamais vraiment eu l’occasion de me pencher dessus sérieusement. Ajoutez à cela la nécessité de trouver du travail… La machine, d’abord cahotante, était lancée.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à illustrer essentiellement des œuvres de science-fiction ?

Les images qui me plaisaient à l’époque, celles qui techniquement se rapprochaient de ce que je voulais faire, à savoir ce mélange de photos et de dessin, étaient celles que l’on trouvait sur les couvertures de certains comics ou de romans relevant des genres de l’imaginaire. Moi-même lecteur de la plupart de ces livres, c’est tout naturellement que le rapprochement s’est réalisé. De plus, en dehors de la sphère SF/imaginaire, il est plutôt rare de trouver de véritables illustrations en couverture. Le polar a recours le plus souvent à la photographie et la littérature blanche, lorsqu’elle n’est pas totalement dépouillée, est également photographique ou très graphique.

 

Quels sont les romans de science-fiction qui vont ont donné envie de vous consacrer à ce genre littéraire ?

Encore une fois, c’est plus une suite de conjonctures qui m’a conduit à ce que je fais aujourd’hui. À l’époque, je ne me projetais pas particulièrement. Cependant, et si on se cantonne vraiment à la science-fiction et non pas à l’imaginaire en général, j’avoue avoir toujours voulu illustrer un Philip K. Dick. L’occasion s’est présentée il n’y a pas si longtemps, mais à cause d’un emploi du temps totalement apocalyptique, j’ai dû refuser.

 

Quels sont pour vous les cinq meilleurs romans de science-fiction ?

Aïe. C’est très difficile comme question, d’autant que je suis loin d’avoir lu tous les classiques du genre. Essayons toutefois au risque de ne pas être très original :

Ubik, de Philip K. Dick. Sûrement l’un des romans qui aura le plus alimenté la machine à piller Hollywoodienne. Il s’agit du premier roman que j’ai lu de l’auteur, qui depuis, m’accompagne régulièrement.

Substance Mort, du même auteur. Une grosse claque qu’a réussi à reproduire l’adaptation animée A Scanner Darkly de Richard Linklater.

Dune, de Frank Herbert, pour ses thématiques écologiques.

Hypérion, de Dan Simmons, pour sa variété de styles et de genres, justement, la SF n’en étant qu’un parmi d’autres.

Et pour finir Les Racines du mal de Maurice G. Dantec, un roman que j’ai lu à sa sortie. J’ai bien peur qu’il n’ait pas très bien vieilli (tout le trip sur le passage à l’an 2000 et la mise en scène de l’IA), mais il fait indubitablement partie des romans qui ont marqué ma vie de lecteur.

Mais c’est très injuste, je pourrais en citer encore quelques-uns : Fondation, 1984, Fahrenheit 451, Des Fleurs pour Algernon, La Route, etc.

 

Lisez-vous d’autres œuvres que des romans de science-fiction ?

Oui, et à vrai dire, la seule SF que je lise désormais est celle que je dois illustrer. Pour trois livres lus, deux sont des commandes (SF ou Fantasy pour brosser large). J’aime donc me plonger dans des choses très différentes lorsque j’en ai l’occasion. J’aime beaucoup ce que fait l’éditeur Gallmeister, par exemple, avec ses romans américains dits de « nature writing ». Le Livre de Yaack de Rick Bass fait partie de mes gros coups de cœur de ces deux-trois dernières années. J’essaie aussi de m’initier à la littérature japonaise, piochant un peu au hasard dans les nouvelles parutions de l’éditeur Picquier, mais aussi parmi les classiques. Au final, que ce soit pour l’Amérique ou le Japon, je flirte tout de même avec des univers radicalement différents du mien. La SF n’est peut-être pas si loin…

 

Votre technique est un savant mélange de peinture digitale et de photographie. Pouvez-vous nous décrire votre façon de travailler ?

Techniquement, il s’agit effectivement d’un mélange de tout cela, réalisé numériquement avec le logiciel Photoshop. Je ne fais aucun crayonné préparatoire. Même si j’ai une vague idée de son ambiance globale, je me lance toujours directement dans la réalisation de mon illustration. Composition, lumière, couleurs etc., tout cela vient progressivement lors du processus de création. C’est pour moi le meilleur moyen de ne pas me lasser. Sans cet élément de surprise, je crois que j’aurais beaucoup de difficulté à travailler.

 

Combien de temps vous faut-il pour créer une illustration ?

La création technique seule prend entre deux jours et une semaine.

 

Lisez-vous les romans que vous illustrez intégralement ou seulement les premiers chapitres ?

Lorsque le texte est mis à disposition par l’éditeur (ce n’est pas toujours le cas comme lorsque le traducteur n’a pas terminé son travail, par exemple), je lis au minimum les 100 premières pages. Si le texte me plaît ou si aucune image ne s’est imposée d’elle-même, je lis le roman dans son intégralité. Il m’arrive évidemment parfois de devoir me satisfaire d’un résumé, auquel cas je me renseigne par moi-même en lisant des critiques étrangères et en en discutant avec l’éditeur, voire, dans quelques rares cas, avec l’auteur.

 

S’agit-il d’une imprégnation de l’œuvre écrite ou procédez-vous autrement pour trouver la bonne illustration ?

C’est exactement ça. Il s’agit avant tout d’imprégnation. L’idée n’est pas tant d’illustrer fidèlement le livre, mais d’en proposer l’essence, l’idée principale. C’est évidemment très subjectif, car il s’agit après tout de mon expérience de lecture personnelle.

 

Votre univers nous plonge immédiatement dans une dimension que je qualifierais d’onirique. Puisez-vous, comme Lovecraft, dans la source de vos rêves pour créer ?

A vrai dire, je rêve assez peu ou alors je ne m’en souviens pas. Il m’est arrivé à une ou deux occasions de faire quelque chose d’après un rêve, mais ça n’a pas été très concluant.

 

Comment travaillez-vous avec les éditeurs ? Leur faites-vous plusieurs propositions ?

Le processus est assez simple : l’éditeur me contacte, me demande si je suis intéressé par tel livre, me fournissant au passage un résumé ou le texte intégral, quelques fois des suggestions, puis s’ensuit un court échange du type : « Oui ! Parfait ! Merci ! Je te recontacte dès que j’ai quelque chose de potable à te soumettre ! » Le niveau de langage et la présence des points d’exclamation sont susceptibles d’évoluer en fonction de degré d’intimité partagé avec ledit éditeur. S’ensuit la lecture du texte, diverses annotations et relevés de passages clefs. Si une idée jaillit durant la lecture, je m’y attèle dès que possible puis je l’envoie à l’éditeur à un stade déjà très avancé. Comme dit plus haut, je ne fais pas de crayonné. Mes propositions d’image sont donc toujours plus ou moins sous leur forme définitive. De plus, je ne fais généralement qu’une seule proposition. Laissant l’image s’imposer d’elle-même, j’ai toutes les peines du monde à trouver une autre approche à un texte. Fort heureusement, il m’arrive assez rarement de devoir faire une autre proposition d’illustration.

 

Donnez-vous votre avis sur la maquette finale ?

Lorsque l’éditeur me le permet, je réalise très souvent la titraille des romans que j’illustre, sauf s’il s’agit d’une collection déjà codifiée comme Folio SF, par exemple. Lorsque le lettrage et la mise en page sont assurés en interne, je ne suis généralement pas impliqué dans le processus.

 

Vous travaillez avec plusieurs maisons d’édition. Le travail est-il le même ou est-il différent en fonction des éditeurs ?

Il est sensiblement le même. Le maître mot de la plupart des éditeurs avec lesquels je travaille est la liberté. Même s’ils me font des suggestions préalables (en fonction de l’idée qu’ils se font du livre ou de la façon dont ils souhaitent le positionner sur le marché), ils sont toujours ouverts à d’autres propositions. Si elles sont pertinentes, ils n’hésitent généralement pas à revoir leur propre approche. C’est évidemment très plaisant de travailler dans de telles conditions.

 

Avez-vous des échanges avec certains auteurs avant de vous mettre au travail ou pendant le processus de création ?

Cela m’arrive, mais c’est plutôt rare. A vrai dire, je préfère même les éviter. La multiplication des voix (la mienne, celle de l’éditeur, celle de l’auteur) tend généralement à brouiller le signal. Le rôle de l’éditeur est aussi celui de catalyseur. Il sert ainsi d’intermédiaire et permet de tamiser ce qui doit l’être. C’est ainsi plus simple pour tout le monde (sauf peut-être pour lui ?). De plus, l’auteur, même s’il connaît évidemment son texte mieux que personne, n’a pas toujours le recul nécessaire pour avoir une approche graphique synthétique.

 

Est-ce plus facile ou plus difficile d’illustrer un livre que vous avez aimé ?

Je crois que ça ne change pas fondamentalement les choses. On a peut-être juste une petite boule au ventre supplémentaire au moment de recevoir le livre, priant pour que l’impression papier soit bonne.

 

Quel roman déjà existant rêveriez-vous d’illustrer ?

Sans hésitation La Foire des Ténèbres de Ray Bradbury, même si j’ignore encore ce que je pourrais bien proposer, le visuel de David Grove tiré de l’adaptation cinématographique qui en a été faite s’y prêtant déjà à merveille :

http://www.impawards.com/1983/something_wicked_this_way_comes.html

L’apparition quasi spontanée d’une fête foraine à quelques jours d’Halloween, des manèges qui tournent mystérieusement à l’envers, un train à vapeur, un vieux limonaire qui égrène des ritournelles inquiétantes, tout cela dans une petite ville américaine des années 50/60… Que rêver de plus ?

 

Pouvez-vous nous parler de ces trois sublimes illustrations ci-dessous ?

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La première a été réalisée pour le roman L’Education de Stony Mayhall de Daryl Gregory, paru aux éditions du Bélial’ en 2014. C’est une histoire de zombie un peu particulière, le héros étant, justement, le zombie en question. Durant la première partie du roman, nous suivons la vie – enfin plutôt la non-vie – du personnage au sein de sa famille d’adoption, se terrant dans une petite ferme isolée des Etats-Unis, une vie assez routinière faite d’escapades dans les champs en compagnie du fils du fermier voisin qui s’amuse à lui planter des flèches dans le corps… Rien que de très normal, donc. Jusqu’au jour où, évidemment, tout va basculer. Sans vouloir trop en dévoiler, Stony va finir par devenir une sorte de figure christique, une sorte de messie dont l’empathie pour autrui le hissera bien au-dessus des autres hommes, bien vivants, eux. Ce que je voulais représenter dans cette image, c’est que le début du roman, les années d’apprentissage de Stony au sein de cette ferme, entouré d’une famille aimante, a fait de lui, malgré sa nature, ce qu’il est devenu par la suite. C’est ainsi que sa silhouette est remplie de tout cela, de cette ferme, de ces champs, de sa famille et des foules qu’il croisera par la suite et qui le suivront dans son ascension. Comme le montre littéralement l’image, il est la somme de ce tout.

 

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La deuxième s’intitule Fade to Black. Ce n’est pas une couverture de roman. Elle a été réalisée pour l’agence américaine Dos Brains avec laquelle je collabore régulièrement. Cette agence produit des musiques et des banques sonores destinées aux bandes annonces de film. Ici, en dehors du joli titre « Fade to Black », je ne me souviens pas avoir eu de directives particulières. J’ai laissé la musique me conduire à ce résultat. Elle a servi pour la promotion de l’album.

 

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La troisième a servi de couverture pour l’édition poche du Chemin des Dieux de Jean-Philippe Depotte, parue chez Folio SF en 2015. Chose plutôt rare, j’avais déjà réalisé la couverture du grand format du même roman, paru précédemment chez Denoël dans la collection Lunes d’Encre (https://aurelienpolice.files.wordpress.com/2012/05/le-chemin-des-dieux-web.jpg). Lorsque Folio SF m’a demandé de m’y atteler une seconde fois, l’auteur en a profité pour me dire qu’il souhaitait mettre en avant l’aspect féminin du roman, notamment au travers de la déesse Amaterasu. C’était également l’occasion d’accentuer le côté contemporain du texte là où la couverture du grand format lorgnait davantage du côté de l’estampe traditionnelle. Pour ma part, travailler sur la couverture d’un même roman mais pour plusieurs éditions est plutôt rare et représente une certaine difficulté tant on s’investit dans la première approche du texte. Il faut parvenir à s’en détacher suffisamment pour espérer pouvoir en offrir un regard neuf.

 

En 2013 vous évoquiez dans une interview un projet d’adaptation en roman graphique (en collaboration avec Thomas Day) de l’œuvre d’un écrivain américain. Où en est ce projet ?

Le projet en question est toujours dans les tuyaux, les négociations concernant les droits d’adaptation prenant parfois un temps infini.

 

Le nom des illustrateurs reste dans l’ombre alors que c’est pourtant leur création que le lecteur voit en premier quand il tient un livre entre les mains. Est-ce frustrant ?

Pas vraiment. Et puis on ne fait pas ce métier pour la gloire (ni pour l’argent). Après, ceux qui s’intéressent vraiment aux illustrations des romans trouvent très aisément leurs auteurs sur Internet et les réseaux sociaux.

 

Existe-t-il des prix qui récompensent le travail des illustrateurs en France et/ou à l’étranger ?

Oui, je pense qu’il en existe un bon nombre d’ailleurs. La plupart des grands prix de la SF internationaux ont une sous-catégorie dédiée à l’illustration. Après il en existe peut-être des plus spécifiques comme les Spectrum Awards, par exemple. En France, un peu à l’image des Hugo Awards, nous avons le Grand Prix de l’Imaginaire avec son prix Siudmak du graphisme. On peut aussi citer le prix des Imaginales dont l’une des catégories récompense les couvertures de roman de Fantasy.

 

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

Comme tout illustrateur, je puise un peu dans tout ce que je vois. C’est l’essence même de notre métier : rester ouvert et se nourrir en permanence d’images. Cela va de l’affiche de film à la maquette d’un magazine des années 50 en passant par le livre d’art et la tache sur le mur du voisin… Après, en terme d’influences, j’ai baigné durant très longtemps dans les univers de Dave McKean, Giger, les Surréalistes, Hiroshige, Munch, Aubrey Beardsley, Friedrich, Jean-Pierre Jeunet… Tout se mélange et finit un jour ou l’autre par rejaillir.

 

Travaillez-vous en musique ?

Avant, oui. Maintenant, je garde une oreille sur la chambre d’à côté où repose une petite créature âgée de bientôt 21 mois.

 

Depuis vos débuts pensez-vous avoir connu plusieurs périodes dans votre vie comme on parle de « période bleu » et de « période rose » pour Picasso ?

Je crois qu’il y a un avant et un après 7 secondes pour devenir un aigle, le recueil de nouvelles de Thomas Day paru en 2013 aux éditions du Bélial’ (https://aurelienpolice.files.wordpress.com/2013/07/7-secondes-couve.jpg).

J’ai appris beaucoup de choses en travaillant sur sa couverture et ses illustrations intérieures. Pas tellement en terme de technique, mais plutôt en terme de mélange entre l’illustration et le graphisme. La distinction n’est peut-être pas très claire et je ne saurais peut-être pas très bien l’exprimer, mais en réalisant ces images, je me suis rendu compte que ce mélange était ce que je préférais faire, à savoir quelque chose de central, d’impactant, qui raconte quelque chose de manière frontale avec des codes graphiques très simples. Ici, on est mi-chemin entre l’image picturale et le graphisme épuré. C’est cela qui m’a le plus plu et que j’ai essayé de reproduire ensuite à plusieurs occasions.

 

Que pensez-vous des créations d’un Franck Frazetta ou d’un Rodney Matthews ?

Je les connais sans pour autant avoir particulièrement chercher à disséquer leurs œuvres. Même s’ils ne font pas partie de mes références personnelles, leur importance dans l’histoire de l’illustration n’est évidemment plus à démontrer.

 

Vous avez également travaillé sur plusieurs projets à l’étranger. Comment appréhendez-vous ces travaux ? Tenez-vous compte des différences de culture et des modes de représentation ?

Jusqu’à présent, je n’ai pas eu à m’adapter particulièrement. Travaillant principalement pour la France et les États-Unis, je pense que ceci explique sans doute cela. Nos deux cultures visuelles sont finalement très proches, la première ayant été largement influencée par la seconde.

 

La couverture a pour but d’attirer le lecteur potentiel, de lui donner envie de lire la 4ème de couverture et, évidemment, in fine, d’acheter le livre. Comment intégrez-vous cet impératif markéting dans votre démarche artistique ? S’agit-il d’une contrainte ?

Toute contrainte est bonne à prendre. Ce sont bien souvent des contraintes que naissent les idées. Concernant une couverture de roman, comme vous le soulignez, le but, paradoxal, est de donner au lecteur l’envie de tourner le livre. La contrainte principale, donc, est de faire quelque chose de direct, qui saute aux yeux, et de facilement identifiable. Il faut que l’on sache si c’est de la SF, de la fantasy ou… de la blanche (même si c’est un peu moins vrai maintenant, certains éditeurs et illustrateurs/graphistes dont je fais partie cherchant un peu à brouiller les codes, l’étiquetage systématique, à mon sens, ayant tendance à trop priver certains livres d’un lectorat potentiel bien plus large que celui des seuls lecteurs de SF… mais bon… il y a là matière à débat). Pour en revenir à la nécessité de l’immédiateté d’une couverture, j’essaie pour ma part de délivrer un petit quelque chose en plus qui s’adresse non pas au lecteur potentiel, mais à celui qui a refermé le livre, un lecteur qui se dira en voyant l’image « ah oui, c’était donc ça ». Je ne prétends pas y arriver à tous les coups, mais j’essaie.

 

Les mangas et les comics font depuis plusieurs années l’objet d’adaptations cinématographiques à très gros budget. Pensez-vous que le passage à l’écran de ces œuvres a modifié la manière de travailler des illustrateurs ? L’image fixe a-t-elle un avenir ?

Le cinéma et les séries ont modifié profondément la façon d’écrire de certains romanciers pour des raisons simplement financières. Et c’est tout à fait normal. Dans un métier où l’on crève la faim, on cherche l’argent où on peut le trouver. En ce moment, ce sont évidemment les séries qui font office de phare dans la nuit. Voir l’une de ses œuvres adaptée, c’est s’assurer un gain financier bien souvent largement supérieur à celui que l’on peut espérer avec une « simple » publication papier. A partir de ce constat, il semble assez évident que le même processus soit à l’œuvre dans le milieu de la bande dessinée. Après… on ne va évidemment pas généraliser. Quant à l’avenir de l’image fixe, oui bien sûr qu’elle en a un. Malgré tout ce qui a été dit plus haut, on ne lit pas une BD comme on regarde un film ou un épisode, tout comme on ne regarde pas un tableau ou une illustration comme on regarde une animation. La différence majeure réside dans le temps. Là où l’on subit le défilement des images dans un film, le lecteur de BD en reste le seul et l’unique maître. Il y a également une implication de la part du lecteur que l’on ne retrouve pas chez un spectateur d’images animées. Dans un film, c’est la succession des images qui fait sens. Dans une BD, c’est le lecteur qui donne un sens à la succession des images. Les expériences ne sont donc pas les mêmes et ne se substituent pas.

 

Le métier d’illustrateur est-il bien rémunéré en France ?

Le tarif pour une couverture est fixé par l’éditeur et chaque éditeur pratique des prix plus ou moins différents fluctuant entre 400 et 750 euros. Il faut donc déjà en faire deux ou trois par mois pour espérer en vivre correctement. Mais autant dire tout de suite que ça n’arrive pas de façon systématique. Pour en vivre décemment, il faut donc impérativement diversifier ses activités. C’est ainsi que la plupart des illustrateurs de couverture travaillent aussi pour le cinéma, le jeu vidéo, la presse, la musique, la bande-dessinée, etc. Simple question de survie.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune artiste qui souhaite devenir illustrateur professionnel ?

Comme dit au-dessus, il faut savoir diversifier son activité et ne pas se cantonner à un seul domaine. Tout comme il ne faut pas s’enfermer dans un style ou un genre unique. L’adaptabilité est primordiale dans ce métier.

 

Pour conclure, pouvez-vous nous dire quelques mots de vos travaux en cours et de vos futurs projets ?

Je viens de terminer ma première bande dessinée, Juste un peu de cendres, scénarisée par Thomas Day et qui paraîtra en France chez Glénat le 18 octobre, et aux États-Unis chez IDW courant 2018. Hommage à peine voilé à Stephen King, nous y suivons le parcours d’Ashley Torrance, jeune américaine de 17 ans qui, bien malgré elle, se rend compte que certaines personnes dans son entourage ne semblent pas être ce qu’elles sont vraiment… À la place, elle s’aperçoit qu’il s’agit d’étranges créatures de cendres toutes reliées entre elles par une sorte de filament. Sans vouloir trop entrer dans les détails s’ensuivra tout un périple aux travers des États-Unis en compagnie de deux autres personnes partageant ou ayant partagé comme elle la faculté de voir ces créatures. Comme le définit Thomas Day, c’est une « soft apocalypse », un road-movie assez lent et un brin mélancolique sur fond de tension sociale. C’était une difficile mais riche expérience. Nous sommes d’ailleurs déjà en discussion avec notre éditeur pour réitérer l’expérience, mais pour un tout autre projet.

En parallèle, je poursuis mes travaux de couverture ainsi que la réalisation de divers visuels pour le Centre des Monuments Nationaux concernant une future exposition itinérante dédiée à la thématique de la forêt telle que nous la dépeignent les contes. Intitulée Il était une forêt, elle débutera sa route au château de Maisons à Maisons-Laffitte le 29 octobre 2017.


Entretien réalisé par courrier électronique le 31 août 2017.

Retrouvez les œuvres d’Aurélien Police sur son site : https://aurelienpolice.wordpress.com/

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